Syndicats

Eric Scherrer, Seci-Unsa : « La négociation collective, un pilier de la démocratie sociale »

Par Agnès Redon | le | Mandats

Président du syndicat Seci-Unsa du commerce et des services, Éric Scherrer met l’accent sur l’importance du syndicalisme, comme garantie de la démocratie sociale. Il revient sur son parcours syndical, entre la CFE-CGC, la CFTC et le Seci-Unsa, sur son fort intérêt pour la négociation, sur les conséquences des ordonnances de 2017 sur les IRP et sur les valeurs qui l’animent.

Éric Scherrer, Président du syndicat Seci-Unsa du commerce et des services - © D.R.
Éric Scherrer, Président du syndicat Seci-Unsa du commerce et des services - © D.R.

Comment êtes-vous venu au syndicalisme ?

Au départ, je n’imaginais pas être un jour à la tête d’une organisation syndicale

J’y suis arrivé par le biais d’un ami délégué syndical central de la CFE-CGC dans l’entreprise dans laquelle je travaillais en 1993. J'étais alors directeur de magasin d’une enseigne du groupe Printemps. Au sujet de la dégradation des prérogatives dans l’organisation du travail des cadres, je trouvais que son combat était juste. Au départ, je n’imaginais pas être un jour à la tête d’une organisation syndicale.

Comment a évolué votre parcours ?

L'évolution a été rapide :

  • On parle beaucoup des TPE mais personne ne les connaît vraiment

    En 1993, j’ai commencé par un mandat de représentant syndical CFE-CGC au CE où j’ai fait de nombreuses rencontres au siège du syndicat ;

  • Comme la négociation me plaisait beaucoup, je suis devenu négociateur dans des branches du commerce en 1995 ;

  • En 1996, je suis devenu délégué syndical où je négociais les NAO, les accords de prévoyance qui n'étaient pas obligatoires à l'époque. J’ai toujours accordé de l’importance à la mise en place de ces accords. En effet, les jeunes salariés ne se préoccupaient pas souvent d'être couverts par une mutuelle. C’est pourtant indispensable ;

  • La même année, en 1996, lors du congrès de la fédération, le président m’a proposé de devenir vice-président du SNECS (Syndicat Nationale Encadrement Commerce Services CFE-CGC) ;
  • En 1997, je suis devenu secrétaire général adjoint de la fédération, où je m’occupais de la négociation collective de branche pour le commerce. C’est pour moi un pilier de la démocratie sociale, le lieu qui garantissait l'équilibre des forces dans la négociation avant les ordonnances Macron de 2017. C’est à ce moment-là, que je me suis beaucoup intéressé aux TPE. On en parle beaucoup mais personne ne les connaît vraiment. En effet, comme les conventions collectives sont principalement négociées par des syndicats issus de grandes entreprises, elles connaissent moins les TPE.
  • En 1998, j’ai initié dans certaines branches comme l’habillement détail la mise en place d’accords de branches sur le financement du paritarisme, car cela n’existait pas ;
  • En 2003, j’ai quitté la CFE-CGC en raison d’un désaccord sur la succession du président de la fédération et j’ai rejoint la CFTC grâce à une de mes relations. Je suis redevenu un négociateur de branche ;
  • En 2005, suite au congrès fédéral commerce et services de la CFTC, Patrick Ertz, le secrétaire général, m’a demandé d’intégrer le conseil et je suis devenu membre du bureau. Mon rôle a été l’organisation de la négociation collective. Mon travail consistait à recenser les conventions collectives gérées par la fédération mais aussi à cibler les syndicats inactifs pour les rendre plus efficaces dans leur représentation. C’est là que j’ai intégré le Seci qui est le syndicat fondateur de la CFTC ;
  • En 2008, suite à des tensions entre Patrick Ertz et moi-même, je suis devenu secrétaire général du Seci-Unsa ;
  • En 2010, je suis devenu président du Seci et je le suis toujours ;
  • En 2014, le Seci a adhéré à l’UNSA.

Avec le recul, que retenez-vous de votre parcours syndical ?

Tout au long de mon parcours, je me suis rendu compte de l’importance les organisations syndicales

Tout au long de mon parcours, je me suis rendu compte de l’importance les organisations syndicales pour structurer la vie sociale des salariés.

Ce serait terrible si elles n’existaient pas et peu de monde le réalise. Beaucoup de salariés croient que leurs droits sont des acquis alors qu’ils ont été gagnés par les organisations syndicales.

Quels ont été les moments les plus marquants de votre parcours ?

Le renforcement du dialogue social par le paritarisme. En effet, je tiens énormément aux TPE, qui sont essentielles à l’organisation sociale et économique.

Ensuite, ce qui a été marquant en tant que président du Seci, c'était la fin de la société Mim. En 2017, mes délégués et mes représentants avaient créé une société coopérative et participative (SCOP).

  • Sous la présidence de François Hollande, nous avions eu l’appui du ministère de l’Economie. Suite au changement de gouvernement où nous sommes passés sous la présidence d’Emmanuel Macron, nous avions besoin que le gouvernement consente à nous faire un prêt de 10 millions d’euros à la fois pour acheter les magasins, le stock et ainsi sauver 600 emplois directement.
  • Or Bruno Le Maire, nouveau ministre de l'économie, ne nous accordait qu’un prêt de 5 millions, ce qui ne nous permettait d’aller plus loin et de sauver l’entreprise. Ce moment a été particulièrement intense, après 6 mois de travail acharné.

Quels sont vos principes pour mener à bien vos négociations ?

Dans une négociation, il ne s’agit pas de battre quelqu’un mais de trouver un moyen de concilier les ambitions contraires

Pour réussir une négociation, il ne faut pas considérer les personnes en face de vous comme des adversaires. Il ne s’agit pas de battre quelqu’un mais de trouver un moyen de concilier les ambitions contraires. 

En effet, il est très important de gagner le respect de tous ses partenaires, comme les négociateurs des autres organisations syndicales. C’est forcément un travail de longue haleine. 

Ensuite, il faut connaître les capacités des uns et des autres sur leur marge de négociation et s’en tenir à des demandes réalistes. Tant qu’on avance, on progresse : je suis pour une stratégie de négociation par « petits pas ».

Actuellement, quels sont les sujets principaux portés par votre syndicat ?

Dans les différentes branches professionnelles que le Seci vient d’intégrer, nous sommes en train de nous réorganiser pour être le plus efficace possible dans la négociation au sein des conventions collectives. C’est ainsi que l’UNSA pourra renforcer sa représentativité. 

Comment percevez-vous l'évolution des IRP après les ordonnances de 2017 ?

J’ai manifesté contre ces ordonnances et je m’y oppose encore aujourd’hui

J’ai manifesté contre ces ordonnances et je m’y oppose encore aujourd’hui.

Tout d’abord, je souhaite le rétablissement des CHSCT. Si on se soucie réellement des conditions de travail des salariés, il faut une structure autonome du CSE, avec ses moyens propres.

Parfois, les dispositions mises en place pour la santé et la sécurité au travail sont contradictoires avec les dispositions économiques. Or, dans une seule et même instance, ce sont toujours les dispositions économiques qui priment.

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