Syndicats

« La dégradation du dialogue social nous oblige à une solidarité intersyndicale » B.Askratni / CFTC

Par Agnès Redon | le | Mandats

Engagée à la CFTC depuis 2016, Bouchra Askratni s’oppose aux différentes réorganisations qui affectent les salariés du groupe BNP Personal Finance.
Elle revient sur son parcours militant et s’inquiète de la forte dégradation du dialogue social dans son entreprise.

Bouchra Askratni, syndicaliste CFTC - © D.R.
Bouchra Askratni, syndicaliste CFTC - © D.R.

Quel est votre parcours ?

Comme notre groupe n’a qu’un seul CSE national, cela suppose des déplacements fréquents

Je suis chargée d’animation commerciale chez Cetelem.

Comme la section CFTC n’existait pas dans l’entreprise à Lyon, j’ai créé une liste en 2016. Je ne me reconnaissais pas dans les valeurs des syndicats présents à ce moment là.

J’ai obtenu plusieurs mandats :

  • Déléguée du personnel, désormais représentante du personnel ;
  • CHSCT, désormais CSSCT ;
  • Au CE, désormais CSE.
  • Déléguée syndicale d'établissement.

Depuis 2018, j’ai obtenu le mandat de déléguée syndicale d'établissement et je suis membre de la commission formation.

Comme notre groupe n’a qu’un seul CSE national, cela suppose des déplacements fréquents.

Comment est née votre fibre syndicale ?

Autour de moi, mes collègues en avaient assez et comme j’aime aider les autres, j’ai eu envie de militer

En l’absence de perspective d'évolution professionnelle et de rémunération, j’ai voulu agir. Il fallait au minimum 3 ans pour pouvoir prétendre à une augmentation, qui était attribuée selon le bon-vouloir de la direction.

Autour de moi, mes collègues en avaient assez et comme j’aime aider les autres confrontés à l’injustice, j’ai eu envie de militer.

Pourquoi avoir choisi la CFTC ?

La CFTC porte des valeurs communes aux miennes :

  • L’importance donnée au respect de l'équilibre entre vie professionnelle et vie familiale ;
  • C’est un syndicat force de proposition, ce que sont moins les autres ;
  • La priorité à l’aide aux salariés, même s’ils ne sont pas adhérents.

Quels sont les moments marquants de votre parcours ?

Les échanges avec la direction sont particulièrement marquants. En effet, ils sont de plus en plus virulents et ressemblent à un dialogue de sourds.

Le sujet marquant du moment concerne l’organisation du temps de travail (OTT), avec une annualisation et modulation des horaires. A partir du 1er janvier 2023, nous devrons travailler jusqu'à 42 heures hebdomadaires, jusqu'à 4 semaines consécutives lors des périodes de fortes activités. il n’y aura plus de possibilité d’alimenter son CET.

Par ailleurs, un plan stratégique à 4 ans se base sur la suppression de plus de 1.200 postes en France, sans recourir à un PSE ni à un plan de départs volontaires. Pour que cela fonctionne, la direction passe par des restructurations et des déménagements qui rendent la vie impossible aux salariés. Ainsi, en l’espace de moins de 3 ans, la direction a réussi à faire partir d’eux-mêmes plus de 1.000 salariés. Ces personnes ne sont remplacées que par des intérimaires ou des salariés en CDD et parfois ne sont pas remplacées du tout.

Les horaires fixes permettaient aux salariés de bénéficier d’heures supplémentaires, ce qui ne sera plus le cas avec l’annualisation de l’OTT. Cet accord supprimera également nos primes. Les salaires sont pourtant déjà particulièrement bas : à titre d’exemple, ma rémunération ne dépasse pas les 1.500 euros nets mensuels, avec 1.200 euros de primes annuelles qui disparaîtront. C’est une perte de pouvoir d’achat conséquente pour nous tous.

Quels sujets portez-vous actuellement dans vos revendications ?

La direction a demandé aux organisations syndicales de cesser de recourir à l’expertise, sous prétexte que cela coûte « trop cher »

Premièrement, nous espérons dénoncer l’accord OTT. En effet, le rapport d’expertise a déjà souligné plusieurs anomalies ;

La rémunération. Cette année, nous avons obtenu une augmentation pérenne de 0,6 %. L’intersyndicale avait demandé une réunion avec la direction le 7 juin pour négocier sur les salaires trop bas. Elle nous a répondu que pour ce faire, il fallait réduire les activités sociales et culturelles et redistribuer les fonds aux salariés. Cela revient à prendre de la poche droite pour en mettre dans la poche gauche ;

Ensuite, la direction a demandé aux organisations syndicales de cesser de recourir à l’expertise, sous prétexte que cela coûte « trop cher », même il s’agit du budget propre au CSE. Le télétravail est également pointé du doigt comme un avantage censé « nous suffire ».

Pour une entreprise qui se veut socialement responsable et exemplaire, soucieuse de concourir à « the best place to work », il semble que nous soyons bien loin des discours médiatiques.

Quels principes appliquez-vous pour mener une négociation ?

En cette période critique, nous essayons de nous serrer les coudes, dans la solidarité intersyndicale

Nous sommes 6 organisations syndicales face à la direction générale, représentée par l’administratrice, directrice générale de BNP Paribas Personal Finance. En cette période critique, nous essayons de nous serrer les coudes, dans la solidarité intersyndicale, en particulier avec la CFDT qui est l’OS la plus importante du groupe. La CFTC reste force de proposition.

Néanmoins, les départs qui se multiplient nous font perdre des adhérents, les représentants de proximité sont forcés de disparaître sous la pression de la direction, ce qui nous affaiblit.

Comment percevez-vous l'évolution du syndicalisme depuis que vous militez ?

Les ordonnances mises en place par Emmanuel Macron ont massacré le dialogue social

Je considère que les ordonnances mises en place par Emmanuel Macron ont massacré le dialogue social. Nous avons perdu toute crédibilité en tant qu'élus et les projets sont mis en place par la direction de manière unilatérale. Même un PSE ne fait plus peur aux entreprises, grâce aux barèmes mis en place.

La centralisation des CSE nous cause beaucoup de tort : nous sommes 5.500 salariés pour un seul CSE, alors qu’avant les ordonnances, nous avions un CHSCT par bassin d’emplois, les délégués du personnel ont disparu et les représentants de proximité ne disposent plus de PV pour les questions et les réponses des salariés sur le terrain. Les risques psycho-sociaux ne font qu’augmenter.

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