Droits des salariés

PSE de Just Eat : "Une remise en cause de nos luttes et de notre modèle social" (F. Souillot, FO)

Par Agnès Redon | Le | Protection sociale

Dans le cadre du plan social prévoyant le licenciement de 350 livreurs de Just Eat, une centaine étaient en grève mercredi en France, à l’appel de Force Ouvrière.
Lors d’une conférence de presse à Paris le 5 octobre 2022, Frédéric Souillot, secrétaire général de Force Ouvrière a réitéré le soutien de la confédération aux travailleurs des plateformes.

Conférence de presse FO sur le plan de licenciement Just Eat le 5 octobre 2022 - © D.R.
Conférence de presse FO sur le plan de licenciement Just Eat le 5 octobre 2022 - © D.R.

Le contexte du PSE

Le groupe Just Eat Takeaway.com intervient sur le marché de la livraison de repas préparés. En France, il opère au travers des entités Eat On Line (Just Eat) qui prend en charge les activités de plateforme et Takeaway.com Express France SAS (TEF), qui assure la livraison proprement dite, pour le compte de l’entité Eat On Line. Ce marché étant particulièrement concurrentiel, l’entreprise a annoncé que le groupe perdait des parts de marché depuis plusieurs années.

Notamment en raison de la densité de restaurants insuffisante et de l’absence d’une demande adéquate de la part des consommateurs, Takeaway.com Express France SAS affirme que les coûts opérationnels sont tels que l’entreprise perd de l’argent à chaque livraison opérée. « Le groupe justifie ainsi la mise en place du plan de licenciement », a expliqué Jérémy Graça délégué FO chez Just Eat.

« Dans un premier temps l’entreprise avait annoncé lors d’un CSE du 12 avril 2022 la fermeture de 20 villes, ce qui représentait le licenciement de 297 salariés. Mais avant même d’avoir mis en œuvre ce PSE, la société s’est ravisée et l’a finalement l’interrompu pour en annoncer un nouveau. Cette fois, ce projet comprend la fermeture de 26 villes, soit la liquidation de l’ensemble des villes de province. Seul Paris intra-muros subsisterait. Il s’agit donc maintenant, pour la direction, de licencier 324 salariés. Ce que nous demandons, ce sont des mesures sociales et des conditions de travail au moins à la hauteur de la convention collective des transports, mais l’entreprise y a dérogé dès son implantation en France. »

Un modèle social « remis en cause »

« Si les travailleurs des plateformes n’acceptent pas une course, ils n’ont plus de travail. Ils ne peuvent agir seuls et sont dans une grande précarité. En Belgique, ces coursiers sont majoritairement des personnes sans-papier. Souvent, ce sont même des mineurs. S’ils ont un accident lors de leur course, ils ne sont pas du tout couverts pour leurs frais médicaux ou pour la casse de leur vélo, par exemple », a déclaré Laura Langenus, secrétaire régionale du syndicat belge UBT-FGTB.

« Ce modèle remet tout en cause, c’est l’annulation pure et simple des décennies de luttes menées par les travailleurs et notre organisation. Les conditions de travail sont excessivement difficiles, les cotisations sociales n’existent plus, c’est la fin de l’assistance mutuelle entre les travailleurs, c’est la remise en cause pure et simple de la république sociale », estime Gabriel Gaudy, secrétaire Général de l’union départementale de Force Ouvrière de Paris et de l’union régionale IDF.

« La direction ne propose que le minimum légal alors que le groupe avait 850 millions d’euros de trésorerie en 2021. Les moyens du Groupe sont en progression constante ces dernières années. Or, selon la loi, les mesures du Plan de sauvegarde de L’emploi doivent être proportionnelles aux moyens du Groupe », a signalé Jérémy Graça délégué FO chez Just Eat.

Les actions envisagées par FO

« Les travailleurs de plateforme, c’est la nouvelle vision du salariat des gouvernements européens. C’est une remise en cause de notre modèle social. Avec la Confédération des syndicats européens (CSE), nous allons saisir l’Organisation internationale du travail (OIT). C’est du pragmatisme », annonce Frédéric Souillot, secrétaire Général de la confédération générale du travail Force Ouvrière.

« Ces travailleurs sont dans une forme d’esclavage moderne. Nous sommes actuellement en train d’aider à la régularisation de 107 travailleurs sans-papier. Avec l’Autorité des relations sociales des plateformes d’emploi (ARPE), nous allons certainement faire une commission nationale pour le travail illégal sur les plateformes, inscrite au Journal officiel ».

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