Droits des salariés

Antoine Rémond, Groupe Alpha : "L'équilibre vie privée et pro passe par la sensibilisation"

Par Agnès Redon | Le | Qvct et santé

Au-delà de la mission sociale et culturelle du CSE, les questions relatives à l’équilibre entre vie personnelle et professionnelle, le télétravail ou le droit à la déconnexion sont devenues incontournables. Antoine Rémond, Responsable du Pôle Etudes & Prospective du Centre Etudes & Data du Groupe Alpha, fait le point sur les possibilités de renforcement de cet équilibre.

Antoine Rémond, Responsable du Pôle Etudes & Prospective du Centre Etudes & Data du Groupe Alpha - © D.R.
Antoine Rémond, Responsable du Pôle Etudes & Prospective du Centre Etudes & Data du Groupe Alpha - © D.R.

Selon le baromètre de Syntec Conseil de la compétitivité française (novembre 2022), la France est classée 27ème pays de l’OCDE en matière d’équilibre entre vie personnelle et professionnelle*. Quelle analyse faites-vous des résultats de ce baromètre ?

Le baromètre révèle deux sous-indicateurs définissant l'équilibre entre vie personnelle et professionnelle :

  • Le temps consacré aux loisirs et à soi ;
  • Les horaires de travail lourds. 

C’est sur le sous-indicateur relatif aux horaires de travail lourd que la France est classée 27ème pays de l’OCDE. En effet, 7,7 % des salariés travaillent plus de 50 heures par semaine. 

Quant à l’indicateur du temps consacré aux loisirs et à soi, la France arrive en deuxième position, parmi les 41 pays de l’OCDE.

L’indicateur relatif à la parité de genre est intéressant à examiner. Il montre notamment que :

  • Ce sont surtout les hommes qui ont le plus d’horaires de travail lourds ;
  • La parité est quasiment atteinte concernant le temps consacré aux loisirs et à soi. En effet, les femmes effectuent davantage de travail non rémunéré, à savoir le travail domestique.

De quelle manière le télétravail post-pandémie a-t-il modifié l'équilibre entre vie personnelle et professionnelle ?

le télétravail ne peut pas être l’unique facteur de l'équilibre entre vie personnelle et professionnelle

Les bénéfices et les risques du télétravail sur l’équilibre entre vie personnelle et professionnelle sont documentés depuis longtemps.

  • Les premiers passent par des marges de manœuvre accrues permises par la diminution des temps de transport au cours de la semaine.
  • Les seconds proviennent du risque de brouillage des frontières entre vie privée et vie professionnelle. Ces deux effets ont été expérimentés de façon intensive par de nombreux salariés, principalement lors du premier confinement, dans une moindre mesure lors de la crise sanitaire. Plusieurs travaux ont notamment montré une différence importante entre les femmes, dont la charge de travail domestique a tendance à s’accroître en télétravail, et les hommes.

Post-pandémie, la pratique et la fréquence du télétravail ont reculé mais elles sont nettement plus élevées qu’en 2019. Les effets positifs et négatifs du télétravail demeurent. L’enjeu des accords d’entreprise est d’encadrer cette pratique et d’en limiter les risques.

Cependant, le télétravail ne peut pas être l’unique facteur de l'équilibre entre vie personnelle et professionnelle. La question renvoie également à celle du temps de travail et de sa régulation, laquelle reste perfectible. Celle-ci reste difficile à concrétiser particulièrement pour les salariés en forfaits jours qui ne sont pas soumis au contrôle de leurs horaires.

Comment le CSE peut-il contribuer à l'équilibre entre vie personnelle et professionnelle des salariés ?

Des mesures de suivi des pratiques, la mise en place d’espaces de discussion, des actions de sensibilisation et de formation visant une prise de conscience de certaines personnes sont efficaces

Les entreprises qui promeuvent un droit à la déconnexion des salariés efficace sont encore trop peu nombreuses. Les accords mis en place sur le sujet sont souvent assez pauvres. Ce concept doit viser, avant tout, un changement des mentalités.

Pour ce faire, une prise de conscience est nécessaire au niveau :

  • Des salariés ;
  • Du management, à travers le suivi qu’il effectue et de l’exemple qu’il peut donner ;
  • De l’organisation elle-même, qui doit montrer que la question est prise au sérieux en mettant en place des dispositifs concrets.

Dans certaines entreprises, les serveurs sont coupés le soir, mais cela ne freine pas forcément certains salariés amenés à travailler en dehors des horaires de travail. Des mesures de suivi des pratiques, la mise en place d’espaces de discussion, des actions de sensibilisation et de formation visant une prise de conscience de certaines personnes ayant des pratiques addictives en la matière sont plus efficaces en ce sens.

Lorsque l’entreprise met en place des dispositifs, tels que le suivi des connexions tardives ou l’envoi de mails tardifs, et que l’accord d’entreprise qui les instaure prévoit un suivi d’indicateurs transmis au CSE, cela permet de nourrir la discussion entre les élus et la direction sur les ajustements à apporter.

*Source : OCDE, Work-life balance Index, 2022

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