Droits des salariés

Pouvoir d'achat: "La solution n'est pas de réindexer les salaires sur l'inflation" (Emmanuel Macron)

Le | Rémunération

« La solution n’est pas de réindexer les salaires sur l’inflation et si je disais que nous allions réindexer les salaires sur les prix, nous détruirions des centaines de milliers voire des millions d’emplois car ainsi nous alimenterions la hausse des prix et nous aurions une boucle “prix salaire” pour entretenir cette inflation. » a déclaré Emmanuel Macron, le président de la République, dans la soirée du 26 octobre 2022 lors de l'émission “l'événement”, diffusée sur France 2.

Emmanuel Macron président de la République sur France 2 - © News Tank.
Emmanuel Macron président de la République sur France 2 - © News Tank.

« Le pouvoir d’achat des travailleurs a augmenté durant le quinquennat qui vient de s'écouler et en 2022, il se stabilise, du fait des difficultés internationales ».

Concernant le Smic, Emmanuel Macron a rappelé qu’il dispose déjà d’une formule d’indexation pour une inflation évaluée à ce jour à 6,2 %. « Nous avons augmenté le Smic de 8 % ».

Emmanuel Macron souhaite que « les salariés vivent mieux de leur travail ». Pour ceux qui veulent travailler plus, « nous avons défiscalisé les heures supplémentaires et nous avons également allégé leur coût pour les employeurs. Nous allons intensifier cette politique qui va permettre, comme il y a quelques années sous la présidence de Nicolas Sarkozy, de gagner davantage et de ne pas payer davantage d’impôts. Nous avons également mis en place ces dernières années une prime, elle aussi défiscalisée et sur laquelle les employeurs ne payent pas de charges, que nous avons portée à 6.000€. »

Salaires :  « Je crois au dialogue social au niveau de l’entreprise »

À propos des augmentations de salaires : « Dans les entreprises, ce n’est pas l'État qui doit décider des augmentations de salaires. Nous pouvons le décider pour nos enseignants, pour nos soignants et nous venons de le faire, mais nous ne sommes pas dans une économie administrée. »

« Je suis pour une négociation sociale dans les entreprises, qui permettra, quand les choses vont bien et quand le cycle économique est bon, de partager la valeur. Je crois au dialogue social au niveau de l’entreprise ».

Interrogé sur un conflit social en cours sur une plateforme logistique chez Geodis (Groupe SNCF), portant sur les rémunérations et une meilleure répartition de la valeur : « Je pense que le dialogue sur le partage de la valeur créée dans l’entreprise est un débat légitime et même nécessaire, car c’est ce qui c’est ce qui permet de créer du consensus. »

« Si l'État impose des augmentations salariales pour tout le monde, alors nous risquons de détruire des emplois (…) si vous imposez ces augmentations dans des petites entreprises, qui sont dans des secteurs difficiles, et qui perdent de l’argent, elles risquent de fermer. »

« Pas de création de valeur durable si elle n’est pas partagée »

Au sujet du partage de la valeur, Emmanuel Macron a déclaré : « il n’y a pas de création de valeur durable si elle n’est pas justement partagée : quand on crée de la valeur, la première chose c’est d’investir pour transformer le modèle, c’est de créer des emplois puis de distribuer à vos actionnaires et à vos travailleurs, sinon ça ne fonctionne pas. »

Emmanuel Macron revient sur sa proposition de campagne de création d’un dividende salarié. « Si vous avez une augmentation des dividendes pour vos actionnaires, alors il doit y avoir un mécanisme identique pour les salariés, soit en utilisant de l’intéressement ou la participation, soit en augmentant les salaires. Nous avons mis cette proposition dans les mains de nos partenaires sociaux. »

Interrogé sur l’hypothèse d’une grande conférence sociale sur les salaires : « Le partage de la valeur est un des chantiers que nous avons décidé d’aborder dans le cadre du CNR, il y a quelques semaines », répond Emmanuel Macron. « Nous allons discuter du modèle productif et ce sont les partenaires sociaux qui ont décidé de mener un travail de concertation sur le partage de la valeur. »

Retraites : « Maintenant il va falloir concerter, mais pas pour ne rien faire »

La réforme des retraites est jugée « essentielle » par Emmanuel Macron pour « préserver notre modèle social ».

« Le Conseil d’orientation des retraites (COR) nous dit clairement que nous aurons pour 2027 un besoin de financement entre 10 et 12Md€ ». Le président confirme le cadre de la réforme annoncée le 14 juillet 2022 : « À partir de l'été 2023, nous devrons décaler l'âge légal de départ à la retraite de quatre mois par an. De 62 ans, nous passerons à 63 ans en 2025 et à l’horizon 2028 à 64 ans, et ce de manière progressive. »

Sans cette réforme, « soit nous augmentons les cotisations, ce qui en 2027 représenterait 400 euros de cotisations de retraite supplémentaires par an, et donc du pouvoir d’achat en moins, soit nous baissons les pensions et ce serait insupportable pour nos retraités qui ne vivent pas mieux que les autres. »

« Si on est lucide, comme nous vivons plus longtemps, nous devrons travailler plus longtemps et maintenant il va falloir concerter, d’ici la fin de l’année, mais pas pour ne rien faire. »

« Si certains sont prêts à s’engager, je suis ouvert »

« Si certains de nos partenaires sociaux sont prêts à s’engager, par exemple en acceptant un âge de départ abaissé à 64 ans tout en augmentant le nombre de trimestres, alors je suis ouvert. Le tout, c’est que notre modèle soit équilibré et que nous les actifs, nous financions bien la retraite de nos retraités. »

Pour le président, le sujet des retraites est un sujet complexe : « Nous n’allons pas changer les modes de calcul pour nos fonctionnaires, contrairement à la grande réforme que nous souhaitions faire à l’origine. Ils conserveront les mêmes règles, comme pour les salariés du privé. Rien ne changera non plus pour les salariés handicapés ni pour les travailleurs de l’amiante, qui sont des régimes très à part. »

Un régime de carrière longue sera conservé, « mais il doit encore être négocié », prévient Emmanuel Macron. « Il faudra certes leur demander de travailler plus longtemps, jusqu'à un âge qui reste à définir, mais ils ne travailleront pas jusqu'à 64 ou 65 ans et il faut concevoir un système juste pour eux ».

« Dans tous les pays de l’OCDE, plus l'âge de départ légal est tôt, plus les entreprises font sortir tôt leurs salariés. C’est d’ailleurs ce qui explique le faible taux d’emploi des seniors en France. C’est un cynisme complet et c’est la raison pour laquelle certaines fédérations patronales ne sont pas favorables à cette réforme des retraites car elles préfèrent se séparer de leurs salariés 55 ans car ils sont devenus trop chers. »

« À chaque réforme des retraites, nous avons amélioré le taux d’emploi des seniors »

« À chaque fois que l’on a réformé les retraites, nous avons amélioré le taux d’emploi des seniors mécaniquement. »

Le président plaide pour un plan de qualification et de requalification tout au long de la vie, pour faire évoluer les carrières : « C’est un très bon sujet de négociation interprofessionnelle et par branche. Si un cadre peut travailler jusqu'à 64 ou 65 ans, il faudra prendre en compte la pénibilité de leurs conditions de travail pour ceux qui exercent des professions difficiles et leur permettre d'évoluer dans leurs carrières en facilitant dans les transitions de carrière. »

« Il doit y avoir un investissement de la nation dans la formation pour accompagner les salariés dans la quarantaine, la cinquantaine et demain au début la soixantaine. Et nous avons également besoin d’un dialogue social pour que les entreprises acceptent aussi avec nous de changer les carrières et d’accompagner le travail des seniors. »

« Nous allons négocier sur les carrières longues, sur la pénibilité et prendre en compte la question des régimes spéciaux pour faire en sorte que les nouveaux embauchés rejoignent le régime général ».

Transférer cet article à un(e) ami(e)