Droits des salariés

Pouvoir d'achat des salariés : "le CSE doit définir ses priorités" (Jean-Marc Etienne, Secafi)

Par Agnès Redon | Le | Rémunération

Avec l’inflation, le pouvoir d’achat des salariés est un sujet important, en particulier sur le partage de la valeur. Comment le CSE et les organisations syndicales peuvent-ils se positionner ? Jean-Marc Etienne, directeur de mission chez Secafi, fait le point sur les différentes marges de manœuvre des élus.

Jean-Marc Etienne, directeur de mission Secafi - © D.R.
Jean-Marc Etienne, directeur de mission Secafi - © D.R.

Quelles sont les conséquences du contexte inflationniste sur le pouvoir d’achat des salariés ?

Pour éviter leur tassement autour du Smic, revaloriser les bas salaires nous semble nécessaire

L’inflation a été brutalement tirée par les prix de l’énergie à l’automne 2021 et cela se confirme dans la durée.

La conséquence a été une hausse mécanique du Smic de 2,2 % au 1er octobre 2021, puis de 0,9 % au 1er janvier 2022.

Nous pensons que cette inflation va s’installer et perdurer dans un contexte de ralentissement de la croissance économique, même si nous ne savons pas pendant combien de temps.

Face à cela, des problématiques d’attractivité de métiers et de recrutements se posent, notamment en raison de la difficulté des conditions de travail et de l’insuffisance des salaires dans certains secteurs.

La question des salaires est pour la première fois un sujet porté par les politiques et le patronat et les mobilisations syndicales sont fortes.

On observe qu’en juin 2022, 70 % des minima de branches ont au moins un coefficient sous la barre du Smic. Des négociations sont en cours, parfois tendues, dans 57 branches pour relever les minima conventionnels.

Pour éviter leur tassement autour du Smic, revaloriser les bas salaires nous semble nécessaire. Il faut ainsi réengager un mouvement de rattrapage et le dynamisme des négociations de branches.

La loi sur le pouvoir d’achat a permis de porter quelques mesures d’urgence mais elle n’a pas été voulue comme une loi sur les salaires. En effet, ce sujet est historiquement renvoyé aux entreprises et aux branches en France.

Dans ce contexte général d’inflation, que peuvent faire les représentants du personnel ?

En positionnant l’entreprise dans son secteur d’activité, cela renforce l’argumentaire pour les prochaines négociations salariales

Une fois que nous avons compris les mécanismes macroéconomiques de l’inflation, il faut porter une analyse sur chaque secteur en réalisant, notamment, un benchmark sur ce qui s’est fait en termes de NAO dans les entreprises et au niveau des négociations de branches.

  • On peut citer le cas de l’hôtellerie et de la restauration, par exemple, dont les minima conventionnels ont été revalorisés d’environ 16 %. C’est significatif, même si de nombreux salariés se sont reconvertis dans d’autres secteurs pendant la crise sanitaire, mieux rémunérés et moins contraignants en termes d’horaires.
  • En parallèle, dans le secteur des transports, autre exemple, le déséquilibre entre les besoins et les ressources serait de 200 000 conducteurs entre 2019 et 2030, y compris le fret.

En positionnant l’entreprise dans son secteur d’activité, cela renforce l’argumentaire pour les prochaines négociations salariales.

Une fois que les élus ont comparé leur situation à celle de leur branche, il leur faut prendre en compte la réalité économique de l’entreprise et ses problématiques spécifiques, et non seulement la réalité macroéconomique.

Cependant, les revendications peuvent être parfois confrontées à une forme de chantage de la part des entreprises sur l'équilibre entre salaires et pérennité de l’emploi des salariés. 

Afin d'être le plus objectif possible, il est donc nécessaire de prendre en compte la situation :

  • macroéconomique ;
  • de la branche ;
  • de l’entreprise.

Une fois que les représentants du personnel ont fait l'état des lieux de la situation de leur branche, que peuvent-ils revendiquer dans un CSE ?

Pour être le plus crédible et objectif possible, je préconise une analyse « sur-mesure » de chaque situation aux élus de CSE

Une fois cette analyse de la situation dans son ensemble effectuée, il s’agit pour les élus de choisir des priorités pour construire leurs revendications.

Par exemple, si la priorité est de revaloriser les bas salaires, 

  • comment les définit-on ?
  • Combien de salariés sont concernés ?
  • Comment sont comptés les temps partiels ?
  • La revalorisation sera-t-elle proratisée en fonction du temps de travail ?

Il faut également chiffrer le coût global de chaque revendication pour bien évaluer ce que l’entreprise est en mesure d’accorder et pour un partage plus équilibré de la valeur créée dans l’entreprise.

Ces sujets doivent être clarifiés pour renforcer la solidité des arguments portés par les élus en CSE et par les organisations syndicales. Pour être le plus crédible et objectif possible, je préconise donc une analyse « sur-mesure » de chaque situation aux élus de CSE.

Pour aller plus loin, cliquez ICI pour visionner le webinaire Secafi « Inflation et NAO, agir pour préserver le pouvoir d’achat ».

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