Droits des salariés

NAO : les budgets d'augmentation 2023 revus à la hausse (étude Deloitte)

Par Agnès Redon | Le | Rémunération

Sur fond d’inflation et de tensions énergétiques, les entreprises tendent à réévaluer à la hausse les budgets d’augmentation pour 2023, selon l'étude Deloitte publiée le 27 octobre 2022, sur les prévisions de budgets d’augmentation annuelle pour 2023, dans le cadre des NAO à venir.

NAO : les budgets d’augmentation 2023 revus à la hausse (étude Deloitte) - © D.R.
NAO : les budgets d’augmentation 2023 revus à la hausse (étude Deloitte) - © D.R.

Les budgets d’augmentation pour 2023 ont été revus à la hausse depuis cet été pour atteindre des niveaux historiques

Sur fond d’inflation persistante de tensions de matières premières, alimentaires et énergétiques, les budgets d’augmentation prévisionnels 2023 ont été relevés depuis cet été pour atteindre +4,0 % pour les OETAM et +3,9 % pour les cadres (contre initialement +3,5 % pour les OETAM et +3,0 % pour les cadres), en considérant les promotions et l’ancienneté.

Les augmentations mixtes, générales et individuelles, sont plébiscitées, toutes catégories socio-professionnelles confondues, pour plus de 9 sociétés sur 10.

La PPV (prime de partage de valeur) plébiscitée 

Alors que 29 % des entreprises avaient eu recours à la prime PEPA l’an passé avec un montant médian octroyé de 300 euros, 48 % des entreprises interrogées prévoient de verser la PPV et 26 % sont en cours de réflexion pour l’instaurer. 

Les montants prévisionnels médians sont aussi revus à la hausse puisqu’ils atteignent :

  • 875 euros pour les OETAM (+ 46 % par rapport au montant médian de la prime PEPA de l’an passé),
  • 500 € pour les cadres (une stagnation par rapport au montant médian de la prime PEPA de l’an passé). 

Des « augmentations insuffisantes » pour les organisations syndicales (CFE-CGC, FO et CGT)

« Ces augmentations sont bien insuffisantes pour faire face à l’inflation », estime Raphaëlle Bertholon, secrétaire nationale CFE-CGC au secteur Economie, industrie, digitalisation et logement. « Pour certaines entreprises, la PPV représente un effet d’aubaine car elle est désocialisée et ne répond pas aux attentes des salariés. Ce qu’ils souhaitent, c’est une augmentation pérenne pour couvrir l’inflation, mais je ne suis pas certaine que les entreprises le comprennent. Il y a une forme de déconnexion. Sans compréhension des attentes des salariés, la colère va monter et il va y avoir des mouvements sociaux ».

Par ailleurs, concernant les augmentations individuelles, « elles ne seront pas perçues par le salarié comme une reconnaissance de son investissement mais comme une compensation de la perte de son pouvoir d’achat. Or les salariés ne sont pas dupes, ils savent bien qu’une prime ce n’est que du temporaire, ce qui peut accroître leur désengagement », souligne-t-elle. 

« L'étude de Deloitte révèle que l’augmentation des salaires est certes plus importante que les années précédentes mais reste bien en-dessous du niveau de l’inflation, qui risque par ailleurs d’augmenter encore », estime Boris Plazzi, secrétaire confédéral de la CGT en charge des salaires. « Compte tenu des profits records des grandes entreprises en 2021-2022, tout concourt pourtant à une augmentation plus importante des salaires. Malheureusement, le leitmotiv de ces entreprises semble être encore et toujours de minimiser le coût de travail. Elles utilisent des moyens pernicieux pour ne pas augmenter les salaires de manière pérenne, comme la prime PEPA (devenue PPV, prime de partage de la valeur). De plus, comme ces primes ne sont pas soumises à des cotisations sociales, elles échappent au financement de la protection sociale. »

Pour Karen Gournay, secrétaire confédérale de Force Ouvrière, le constat est similaire : « Les salariés sont confrontés à une perte sèche du pouvoir d’achat, surtout avec l’indice des prix à la consommation qui pourrait dépasser les 6 % d’ici fin 2022. Comme l’inflation a de fortes conséquences sur les plus bas salaires, nous sommes particulièrement inquiets. En effet, les salaires ne suivent pas la dynamique des prix. Lorsque l'étude de Deloitte indique que 48 % des entreprises interrogées prévoient de verser la PPV, notre organisation syndicale est dubitative, car cela ne correspond pas aux retours que nous avons. D’ailleurs, au sein d’une même entreprise, toutes les catégories socio-professionnelles ne sont pas traitées à égalité pour ces dispositifs et la grogne des salariés commence à s’accentuer. C’est pourquoi, nous appelons à l’augmentation générale et pérenne des salaires. »

Méthodologie de l'étude Deloitte

Étude menée sur le mois d’octobre 2022 :
• sur un panel de 131 entreprises interrogées ;
• au sein des principaux secteurs d’activité (distribution, grande consommation, banques, assurances, industrie de la santé, industrie de transformation, énergie et utilities, télécoms et médias,…). 

Cliquez ICI pour consulter l'étude intégrale Deloitte 

Transférer cet article à un(e) ami(e)