Syndicats

Sandra Provot, CFDT : « Avec les ordonnances, les élus CSE ont perdu des leviers d’action »

Par Agnès Redon | le | Mandats

Adhérente à la CFDT depuis 2015, Sandra Provot trouve dans son engagement syndical une manière d’aider les salariés en difficulté, notamment lorsqu’ils subissent des conditions de travail, une santé ou une sécurité dégradées au travail. Elle revient sur son parcours, sa vision du dialogue social et sur les conséquences des ordonnances de 2017 pour les représentants du personnel.

Sandra Provot, CFDT - © D.R.
Sandra Provot, CFDT - © D.R.

Quel est votre parcours ?

Je travaille à la Caisse d’allocations familiales du Loir-et-Cher.

  • Mon premier mandat était secrétaire du CHSCT en 2014.
  • J’ai adhéré à la CFDT en 2015, sur les conseils d’un collègue. J’avais envie de m’investir dans la défense des salariés, en particulier les sujets concernant la santé et la sécurité au travail.
  • En 2018, j’ai intégré le bureau du Syndicat protection sociale du centre. C'était l’année des élections du premier CSE.
  • En 2019, j’ai été sollicitée pour devenir la secrétaire du syndicat et j’ai été élue lors du congrès. J'étais également représentante de proximité.

Comment est née votre fibre syndicale ?

Tout se fait au niveau national des branches et je ne trouvais pas ça normal pour les salariés

J’ai toujours été engagée, notamment en étant présidente de la FCPE de ma commune pendant dix ans. En tant que secrétaire du CHSCT, certains propos de mon employeur me dérangeaient. Ce qui caractérise la Sécurité sociale, c’est qu’il y a peu d’accords locaux. En effet, tout se fait au niveau national des branches et je ne trouvais pas cela normal pour les salariés.

Pourquoi avoir choisi la CFDT ?

Les autres syndicats comme la CGT me semblent trop virulents et s’opposent systématiquement à tout

Les valeurs de la CFDT me correspondaient tout à fait, comme la recherche du compromis, de la négociation et le fait d'être force de proposition.

Les autres syndicats comme la CGT me semblent trop virulents et s’opposent systématiquement à tout.

J’ai également souffert des grèves intempestives qui pénalisent tout le monde, je pense qu’il y a d’autres moyens de s’engager.

Quels sont les moments marquants de votre parcours ?

Lorsque j'étais au CHSCT, j’ai été confrontée à deux salariés qui subissaient du harcèlement moral. Comme il faut garder certaines informations confidentielles, il était à la fois éprouvant d'écouter les victimes et délicat de tout garder pour moi.

D’autre part, certaines rencontres ont profondément marqué mon parcours, elles ont su m’inspirer et me motiver dans mon engagement.

Quels sujets portez-vous actuellement dans vos revendications ?

Nous allons commencer le deuxième cycle des élections CSE et le sujet des ordonnances nous préoccupe considérablement. En effet, nous avons des difficultés à trouver des adhérents qui souhaitent véritablement s’investir sur les listes du CSE.

La fusion des instances exige la professionnalisation des élus, surtout face aux employeurs et aux équipes juridiques qui les accompagnent. Cela demande une grande force de travail et peut faire peur aux nouveaux élus en formation. Au bout du compte, cela peut entraîner une baisse du nombre d’adhérents. C’est très inquiétant pour la continuité du dialogue social en France.

L’autre sujet d’inquiétude concerne la disparition du CHSCT. Désormais, les sujets relatifs à la santé et à la sécurité au travail sont abordés de manière superficielle en réunion de CSE. Ces réunions deviennent interminables par la multiplication des sujets à traiter.

De plus, nous ne disposons pas d’assez d’heures pour faire du travail de proximité. Ainsi, il est bien difficile de faire le travail nécessaire pour aider des salariés en situation de harcèlement. Par exemple, avec le CHSCT, l’employeur était obligé de procéder à un aménagement de poste pour les salariés concernés, ce qui n’est plus le cas.

Nos alertes sont consignées dans les PV de réunion, il faudrait se contenter de cela. La situation est soumise au bon-vouloir de l’employeur et les victimes doivent elles-mêmes saisir le médecin du travail, alors que les harcèlements moraux sur lesquels j’ai travaillé au nom du syndicat ont entraîné des invalidités. En effet, à cause d’un harcèlement particulièrement violent, deux salariés ne sont plus en mesure de travailler et n’ont même plus l'énergie de poursuivre leur employeur aux prud’hommes. C’est très grave.

Nous avons ainsi perdu des leviers d’action, ce qui peut avoir des conséquences désastreuses pour les salariés en détresse.

Quels principes appliquez-vous pour mener une négociation ?

La négociation est l’un des aspects positifs des ordonnances. Comme nous avons été obligés de nous professionnaliser, nous sommes davantage armés pour mener des négociations, même sur des accords locaux, comme les trois jours de télétravail demandés par la CFDT au niveau national.

Ainsi, nous maîtrisons parfois des sujets mieux que la direction. Ce sont des petites victoires, même si elles sont modestes.

Que recommanderiez-vous à une personne qui s’engage dans le syndicalisme ?

En raison de la charge de travail importante que requiert l’engagement syndical, il faut être solide

Il faut prendre son temps et ne pas s’investir de manière excessive, au risque de s’user à court terme.

En raison de la charge de travail importante que requiert l’engagement syndical, il faut être solide, à la fois mentalement et physiquement.

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