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Frédéric Sève, CFDT : "Il faudrait du sur-mesure sur la question des retraites"

Par Agnès Redon | Le | Négociation

La CFDT s’oppose à la proposition de certains candidats à l'élection présidentielle de reporter à 65 ans l'âge légal de départ à la retraite. Selon Frédéric Sève, secrétaire national de la CFDT chargé des retraites, il est préférable de se concentrer sur la QVT en s’adaptant aux salariés seniors. Le CSE pourrait jouer un rôle dans ce sens.

Frédéric Sève, CFDT : « Il faudrait du sur-mesure sur la question des retraites »
Frédéric Sève, CFDT : « Il faudrait du sur-mesure sur la question des retraites »

Quelle est la position de la CFDT sur la proposition de certains candidats à l'élection présidentielle de reporter à 65 ans l'âge légal de départ à la retraite ?

La CFDT s’oppose au recul de l'âge pour l’ouverture des droits, qui est une mesure inéquitable
La CFDT s’oppose au recul de l'âge pour l’ouverture des droits, qui est une mesure inéquitable. En effet, nous ne sommes égaux face à la poursuite d’une activité salariée après 60 ans. 

Si nous appliquons une seule et même mesure à tout le monde, c’est comme si nous imposions du prêt-à-porter alors qu’il faudrait du sur-mesure :

  • La pénibilité : certaines activités mettent en péril la santé des salariés, elles empêchent la poursuite d’activité et réduisent l’espérance de vie donc les droits à la retraite ;
  • L’employabilité : certains ne peuvent pas se maintenir dans leur emploi pour des raisons de qualification, qui ne sont plus adaptées au marché du travail ;
  • L'âge de l’entrée dans la vie active, qui n’est pas le même pour tous. Par exemple : 
    - s’il faut 43 ans de cotisation pour avoir une retraite à taux plein, une personne qui commence sa carrière à 23 ans devra travailler jusqu'à 66 ans et ne sera pas concernée par la réforme.
    - si une personne commence à travailler à 18 ans et ne peut pas prendre sa retraite avant 65 ans, cela signifie qu’elle doit travailler pendant 47 ans.

Que préconise la CFDT sur la question des retraites ?

Si nous voulons augmenter le taux d’employabilité, il faudrait ainsi investir sur la prévention de l’usure professionnelle et la qualité de vie au travail
Les candidats à l'élection présidentielle qui veulent un recul de l'âge à la retraite prétendent que c’est nécessaire pour l'équilibre du système de protection sociale. Or ce n’est pas tout à fait juste. Déjà, l’AGIRC-ARRCO est en excédent et la CNAV (Caisse nationale d’assurance vieillesse) est pratiquement à l'équilibre. Des déficits apparaissent à la CNRACL (Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales), un régime public, car l’Etat rémunère de plus en plus les fonctionnaires par des primes, qui ne sont pas soumises à cotisations. Mais globalement, les systèmes de retraite ne sont pas en péril financier.

Il y a enfin un déficit du FSV (Fonds de solidarité vieillesse) qui finance la solidarité (minimum vieillesse et contributif, droits familiaux, périodes non cotisées …). Son financement relève de la solidarité nationale, pas des seuls salariés qu’on mettrait à contribution en les faisant travailler plus longtemps.

Certains estiment qu’il faut repousser l'âge de la retraite pour stimuler la croissance. Il est vrai que les personnes qui travaillent plus longtemps nous permettraient de produire davantage. Cependant, cela ne concernerait que les personnes ayant la chance d’avoir un travail à 62 ans.

Il y a aussi tous les autres qui n’ont pas accès à l’emploi, puisqu’un tiers des personnes de moins de 62 ans sont au chômage ou en invalidité. Dans ce cas, il faudrait que nous puissions tous travailler.

Si nous voulons augmenter le taux d’employabilité, il faudrait ainsi investir sur la prévention de l’usure professionnelle et la qualité de vie au travail.

Nous pourrions aussi réfléchir à la mise à la retraite progressive.

Quel rôle peuvent jouer les représentants du personnel sur la question des retraites des salariés ?

Les représentants du personnel peuvent s’emparer du sujet essentiel de la qualité de vie au travail
Les représentants du personnel dans les CSE n’ont pas un rôle facile à jouer, compte tenu de leur pouvoir limité sur la question.

Ils peuvent toutefois s’emparer du sujet essentiel de la qualité de vie au travail.

Être salarié à 62 ans dans une administration ou au supermarché, ce n’est vraiment pas la même chose. Les élus et les entreprises doivent réfléchir ensemble et s’adapter aux conditions de travail de ces personnes.

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