Dialogue social

"C'est une véritable fierté que d'aider les salariés dans leur quotidien" Geoffrey Orza, FO

Par Agnès Redon | Le | Syndicats

Représentant de proximité chez Coca Cola, Geoffrey Orza revient sur son parcours et sur le moteur de son engagement.
La préservation des relais locaux et du lien avec les salariés constitue pour lui la meilleure manière de fonder un dialogue social de qualité, comme le rempart à la centralisation des instances.

Geoffrey Orza, FO - © D.R.
Geoffrey Orza, FO - © D.R.

Quel est votre parcours ?

Je travaille chez Coca Cola depuis 2004, je suis technicien de laboratoire et j’ai adhéré à Force ouvrière en 2016. J'étais alors délégué du personnel jusqu’en 2019

En 2019, j’ai eu le mandat de représentant de proximité.

Depuis 2021, je suis à la fois représentant de proximité et représentant syndical.

Comme Coca Cola a deux entités, je suis également au comité de groupe et à la commission ASC.

Comment est née votre fibre syndicale ?

Il est important pour moi que mes collègues travaillent dans de bonnes conditions et que la direction respecte les engagements pris auprès d’eux

J’ai toujours entendu parler du syndicalisme grâce à mon père qui était lui-même adhérent à la CFDT tout au long de sa carrière dans les transports en commun.

Par ailleurs, avant même d'être adhérent, comme je savais bien communiquer, mes collègues venaient spontanément me parler. J’ai toujours cherché à aider mes collègues dans leurs difficultés rencontrées au travail. Il est important pour moi que mes collègues travaillent dans de bonnes conditions et que la direction respecte les engagements pris auprès d’eux. 

Pourquoi avez-vous choisi d’adhérer à Force Ouvrière ?

A Clamart où je travaille, la CFDT et FO sont majoritaires. Il se trouve que j’ai été approché par FO, une organisation syndicale qui correspond bien à mes valeurs. En effet, nous sommes particulièrement proches des salariés. Nous ne signerions rien s’ils s’opposent à un accord, sauf si nous estimons que c’est mieux que rien, par exemple.

Quel est le moment marquant de votre parcours ?

L’aide que j’apporte aux salariés âgés qui n’ont pas l’habitude de manier les outils numériques des ASC, est une véritable fierté pour moi

Sans parler d'événement en particulier, dans ma mission de représentant de proximité, et surtout avec la disparition des CE locaux, je suis sans cesse sollicité par mes collègues, nuit et jour, ce qui est marquant à mon sens. Pour la gestion des ASC, je suis en contact avec la famille des salariés, par exemple lors de la rentrée scolaire. 

Par ailleurs, ce qui me marque dans ma mission de représentant de proximité, c’est l’aide que j’apporte aux salariés âgés qui n’ont pas l’habitude de manier les outils numériques des ASC, comme un site internet ou des applications. C’est une véritable fierté pour moi de les aider dans leur quotidien. 

Quels sont vos sujets actuels de revendication ?

Tout d’abord, nous dénonçons une inégalité salariale. En effet, chez Coca Cola, notre salaire est valorisé en fonction d’un point d’indice, qui diffère entre Paris et les autres régions, avec un écart de 17 % ;

Nous avons demandé de réévaluer les salaires plusieurs fois dans l’année, également en octobre 2023 ;

Nous avons relevé plusieurs licenciements pour des salariés passés inaptes pour invalidité. Cela signifie que la direction ne fait pas assez d’effort pour accompagner ces salariés et améliorer leur poste.

De quelle manière menez-vous des négociations ?

Il faut toujours écouter les salariés tout en se fixant des objectifs réalistes

Je n’ai pas de méthode en particulier mais je pense qu’il faut toujours écouter les salariés tout en se fixant des objectifs réalistes. Il s’agit de trouver des marges de manœuvre pour une négociation efficace.

Comment percevez-vous l'évolution du syndicalisme depuis que vous militez ?

Avec la fusion des instances, les réunions de CSE durent au minimum deux jours et le rapport de proximité s’est considérablement amoindri

Il y a eu une cassure depuis la création des CSE. En tant que représentant de proximité, les directions locales nous demandent explicitement de ne pas faire remonter les réclamations et les problèmes en CSE mais directement auprès d’eux. Les responsables de ressources humaines locaux ne le sont d’ailleurs plus, il faut désormais les nommer « manager people and culture ». Ce changement de titre par un anglicisme est une manœuvre risible pour évincer leurs responsabilités de RRH. Ils n’ont aucun pouvoir de décision et se contentent de nous dire qu’ils comprennent nos difficultés. Seul le siège a un pouvoir décisionnaire, ce qui a largement cassé le dialogue social.

Par ailleurs, avec la fusion des instances les réunions de CSE durent au minimum deux jours et le rapport de proximité s’est considérablement amoindri. Si les représentants de proximité sont un très bon relai auprès des salariés, de partage et d'écoute, nous manquons de moyens. Nous ne disposons même pas d’un téléphone portable ou d’un ordinateur, prévus à cet effet. Les délégués du personnel avaient beaucoup de poids dans le dialogue avec la direction.

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