CFDT : Marylise Léon réélue secrétaire générale
« Rémunérations. Égalité réelle. Transition écologique juste. Démocratie. Intelligence artificielle. Voilà l’agenda de notre syndicalisme. Voilà notre cap pour les quatre ans qui viennent » déclare Marylise Léon, réélue secrétaire générale de la CFDT, le 26/06/2026 lors de la clôture du 51e congrès de l’organisation à Bordeaux réunissant 1 600 congressistes.
Les 41 membres du bureau national élu ont également reconduit Yvan Ricordeau comme secrétaire général adjoint et désigné comme trésorier confédéral Laurent Soulier, issu de la fédération chimie-énergie, en remplacement de Jocelyne Cabanal.
« Nous voulons une nouvelle impulsion en matière de dialogue social. C’est pourquoi nous proposons que les partenaires sociaux se saisissent dès la rentrée du développement de l’IA au travail. C’est pourquoi nous demandons une négociation sur les parcours syndicaux. »
Salaires : « Pas d’argent public pour les entreprises qui écrasent les salaires »
« Sur les salaires les résultats ne sont clairement pas à la hauteur de nos attentes. Pourquoi ? Parce que les employeurs n’ont qu’un objectif : limiter le coût du travail », selon Marylise Léon lors du premier jour du congrès de la CFDT.
- L’accord sur le partage de la valeur, négocié et signé avec le patronat en 2023, devait relancer le dialogue social et augmenter le pouvoir d’achat, surtout dans les PME. Il n’est toujours pas vraiment mis en œuvre : pas de vraie dynamique sur les classifications, trop peu de dispositifs pour mieux partager les richesses créées par le travail. Le bilan n’est pas bon.
Cela pose la question de la loyauté des signataires d’un accord, quand les organisations patronales freinent la mise en œuvre des engagements qu’elles ont pris.
- Et l’État employeur n’est pas en reste. Comment accepter que, dans nos services publics, des agents puissent rester près de vingt ans payés au niveau du Smic ? Vingt ans de carrière, de compétences, d’engagement au service des autres, pour une grille de rémunération écrasée et un point d’indice gelé année après année.
Ce n’est pas du sérieux budgétaire, c’est un déni de reconnaissance. On nous oppose toujours l’état des finances publiques. Mais geler les salaires de celles et ceux qui font tourner l’hôpital, l’école, la mairie, ce n’est pas une politique, c’est un renoncement.
Pour la CFDT, la situation des finances publiques, oui elle est critique, mais elle ne peut pas servir d’alibi permanent au déclassement salarial des agents.
- Et nous ne renoncerons pas non plus à questionner, puisqu’il faut parler de coûts, celui du montant des aides aux entreprises : 211 Md€ dont l’impact n’est pas toujours prouvé sur l’emploi, et dans ce pognon de dingue, 74 milliards d’exonérations de cotisations qui contribuent à l’écrasement des salaires en maintenant les travailleurs à des niveaux proches du SMIC. Notre position est simple : pas d’argent public pour les entreprises qui écrasent les salaires.
Les exonérations de cotisations doivent être conditionnées à une règle claire : aucune grille de branche sous le Smic, et des classifications régulièrement revues.
Et quand une entreprise laisse un salarié bloqué au Smic plus de deux ans, elle doit perdre ces exonérations. L’argent de tous ne doit plus servir à maintenir les salaires au plancher.
Car cette obsession du coût du travail ne s’arrête pas aux salaires. Derrière, il y a autre chose. Une attaque contre notre modèle de protection sociale, réduit à un déficit qu’il faudrait combler en coupant, coupant, coupant. »
Travail : « Les premiers experts du travail, ce sont celles et ceux qui le font »
« Notre combat, c’est de donner à voir la dignité des travailleurs et de faire comprendre la valeur de leur travail, pour, finalement, améliorer la vie au travail.
Les premiers experts du travail, ce sont celles et ceux qui le font. Et cette parole doit nourrir nos pratiques syndicales, le dialogue social et la négociation collective.
- Là où les organisations patronales peinent encore à parler du travail, nous avons multiplié les initiatives : des Assises du travail en 2022 au manifeste Le travail que nous voulons en 2025, jusqu’au tour de France qui le porte dans les territoires. Parler du travail est essentiel. Pas seulement pour contrer les poncifs sur le prétendu travailleur français improductif ou le fonctionnaire toujours en congés. Mais pour dire le travail en vrai, pas en clichés : des plannings et des rythmes intenables, des consignes qui ignorent le terrain, la difficulté d’un management vertical.
Pour dire aussi la fierté de bien faire, les idées de celles et ceux qui voudraient améliorer leur travail, et ce qu’on ne dit pas assez, les effets du travail sur les corps et sur la santé mentale.
L’IA est un sujet technologique et stratégique. Mais c’est aussi, de façon de plus en plus pressante, un sujet de travail. L’IA utilisée au travail pour faire quoi ? Déployée comment ? Dans quelles conditions ? Avec quelles garanties ou bénéfices pour les travailleurs et travailleuses ?
Ces questions doivent être traitées par les représentants et représentantes du personnel. Et si l’on ne vient pas nous chercher, nous devons les mettre à l’ordre du jour. L’IA doit être un sujet de négociation dans les entreprises et les administrations.
- Durant cette mandature, nous avons aussi cranté nos revendications pour des droits nouveaux. Je veux parler par exemple du Compte épargne temps universel, le droit pour toutes et tous d’épargner du temps, pour en faire une utilisation choisie au début, au milieu, ou à la fin de carrière, et ainsi mieux articuler temps personnel et de travail tout au long de la vie. »
Retraites : « Cette suspension est une victoire, et c’est la nôtre »
« Le 14/10/2025, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonçait la suspension de la réforme des retraites. Oui, cette suspension est une victoire, et c’est la nôtre.
Nous avons su articuler mobilisation et négociation. Parce que nous avons refusé le tout-ou-rien sans jamais renoncer sur le fond. Parce que nous avons tenu une ligne claire dans la durée : combattre une réforme injuste, chercher une issue, obtenir des droits nouveaux, et ne jamais abandonner les travailleurs et travailleuses concernés.
Cette suspension a été notre victoire. Et ce n’est pas fini. La réforme est suspendue. Mais la pénibilité, les départs anticipés, les carrières des femmes qui partent plus tard et avec moins, toutes ces questions sont devant nous. »
Europe, IA et management algorithmique : « Toute décision soutenue par l’IA doit faire l’objet d’un contrôle humain »
« Pour la CFDT, l’Europe doit devenir une véritable puissance.
- Nous exigeons aujourd’hui que le Gouvernement respecte ses engagements et transpose les directives sur la transparence salariale et sur les travailleurs des plateformes. Cette dernière, adoptée en 2024, est trop méconnue. Pourtant, elle dit un principe fondamental : le management algorithmique doit être encadré.
Avec la nouvelle révolution numérique, il faut graver dans le marbre qu’au travail, toute décision prise ou soutenue par l’IA doit faire l’objet d’un contrôle humain. »
Transition écologique : « Le changement climatique est une réalité du travail »
« Le changement climatique, lui aussi, est une réalité du travail. Ce sont les ouvriers du BTP qui travaillent sous 40 degrés, les enseignants dans des écoles qui surchauffent, les saisonniers dans les champs, les plongeurs dans les cuisines. Eux qui paient, les premiers, le prix du dérèglement.
- Nous avons signé, en avril 2023, le premier accord interprofessionnel sur la transition écologique et le dialogue social.
Désormais, face à la canicule, c’est à l’employeur de prévenir le risque et d’adapter l’organisation du travail. Cette obligation, c’est à la CFDT qu’on la doit. À nous de la faire respecter sur les lieux de travail. »
Assurance chômage : « Quand les travailleurs ne sont pas autour de la table, ils sont au menu »
« Pour nous, c’est non. Un demandeur d’emploi n’est ni coupable de sa situation, ni un profiteur du système.
Nous avons préservé les droits des plus vulnérables. Car le constat est froid, mais tellement vrai : quand les travailleurs ne sont pas autour de la table, c’est qu’ils sont au menu. Et ce menu, c’était 4 milliards d’euros d’économies sur le dos des chômeurs. Inacceptable pour nous ! »
Fonction publique : « Nous nous mobiliserons dès septembre 2026 »
« C’est 100 % de la CFDT qui dit ras le bol du fonctionnaire bashing ! L’action publique, ce n’est pas une charge, c’est une richesse au service de l’intérêt général.
- La protection sociale complémentaire signée n’est toujours pas appliquée dans la fonction publique hospitalière. C’est un scandale !
Un rendez-vous salarial est prévu le 06/07/2026. S’il n’y a pas d’avancée pour les agents publics, nous nous mobiliserons dès septembre 2026. »
L’avenir du syndicalisme : « Réinventer la manière de faire collectif »
« Comment fait-on du nous, aujourd’hui, dans une société qui se vit de plus en plus en je ?
- Si nous ne réinventons pas la manière de faire collectif, le syndicalisme du XXIe siècle se repliera sur lui-même, plus petit, plus défensif, plus marginal. Il n’en est pas question.
Réinventer, c’est aussi aller chercher les gens là où ils sont, sur une plateforme de livraison, dans un coworking, sur leur téléphone. »