Conférence TER : « Nous avons le sentiment d’un hold-up sur le résultat » (Sophie Binet, CGT)
« Nous avons le sentiment d’un hold-up sur le résultat, avec une instrumentalisation de la conférence TER pour installer l’idée qu’il faudrait une nouvelle réforme des retraites afin de dégrader encore la situation des travailleurs et des travailleuses », déclare Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, lors d’un rendez-vous organisé par l’Ajis à Paris le 16/09/2026.
« Nous sommes extrêmement en colère contre la méthode employée et très inquiets sur le fond. Nous n’avons pas pu discuter une seule ligne du rapport, que nous allons découvrir en même temps que vous, voire après vous. Ce rapport n’engage que ses auteurs. »
Conférence TER : « Pour la démocratie sociale, on reviendra »
« Les garants doivent remettre leur rapport au Premier ministre aujourd’hui, mais nous ne l’avons pas. Après six mois de discussions, la CGT a porté de très nombreuses propositions et fait évoluer les termes du débat, sans pouvoir discuter une seule ligne du rapport.
Ce rapport n’engage que ses auteurs, ou peut-être le Medef qui, après avoir boycotté la conférence, a visiblement joué un rôle important dans sa rédaction. D’après les éléments communiqués par les garants, il doit comporter des sujets qui n’ont pas figuré dans les discussions. La conférence devait être un grand exercice de démocratie sociale. Avec une telle méthode, pour la démocratie sociale, on reviendra.
Cette conférence a été ouverte après plus de six mois de mobilisation des travailleurs contre les deux années de vie qui leur ont été volées par la réforme des retraites et après le report d’un an de son application. Elle devait répondre à leurs exigences et permettre de sortir par le haut de cette situation. Nous y avons porté nos propositions pour financer l’abrogation de la réforme. »
Capitalisation : « C’est l’arnaque du siècle »
« La capitalisation ne répond en rien au financement des retraites : elle coûte aussi cher, voire plus cher. Les plans d’épargne-retraite existants sont subventionnés par l’argent public à hauteur d’environ 2 milliards d’euros par an.
Dans la conférence TER, la capitalisation a été abordée pendant deux heures et portée par une seule organisation, la CPME. Aucune autre ne l’a demandée. Je ne comprends pas qu’elle figure parmi les points de sortie du rapport. Les garants pourraient également évoquer un âge d’équilibre, jamais abordé pendant la conférence, qui reviendrait à repousser l’âge de départ sans le dire.
Une règle d’or créerait aussi un espace pour la capitalisation en organisant l’austérité sur la retraite par répartition. Les assureurs, les banques et les fonds de pension veulent récupérer l’argent de la protection sociale et de la sécurité sociale pour spéculer. Si les employeurs veulent cotiser davantage pour financer la capitalisation, qu’ils cotisent pour la répartition.
Depuis le début, nous proposons que cette conférence débouche sur un référendum sur les retraites. La CGT aurait soumis l’abrogation de la réforme avec ses mesures de financement et les organisations patronales leurs propres propositions. Un référendum distinct de l’élection présidentielle permettrait de sortir par le haut de ce passage en force démocratique et permettrait aux travailleurs de trancher. »
Agirc-Arrco : « L’absence d’accord ne peut pas conduire à une revalorisation nulle »
« La CGT est opposée à la désindexation des retraites. Il faut arrêter de présenter les retraités comme des privilégiés : leur niveau de vie décroche et, pour la première fois, la pauvreté augmente parmi eux.
Les réserves de l’Agirc-Arrco atteignent 90 Md€. L’absence d’accord sur une revalorisation ne peut pas conduire à une augmentation nulle : cela constitue une prime à l’intransigeance patronale. Le patronat refuse toujours de prendre une mesure pour 2026 et ne nous a pas communiqué ses intentions pour 2027.
Trois sujets sont sur la table : une mesure pour 2026, la revalorisation de 2027 et l’ouverture rapide de la négociation de l’accord quadriennal afin de sécuriser l’Agirc-Arrco. Sur l’agenda social autonome, il faut commencer par avancer sur ce qui relève directement des partenaires sociaux. Le patronat ne peut pas annoncer l’ouverture de nombreux sujets tout en refusant de négocier sur l’Agirc-Arrco. »
Emploi des seniors : « La première chose est d’arrêter de les licencier »
« L’emploi des seniors est un enjeu majeur. La première chose à faire est d’arrêter de les licencier : ils figurent toujours parmi les premiers salariés concernés par les plans de licenciement.
Je suis très choquée d’entendre le patronat et des responsables politiques expliquer qu’il faudrait repousser l’âge de départ à la retraite pour améliorer le taux d’emploi des seniors. Il faut permettre aux jeunes et aux seniors de travailler, plutôt que d’augmenter le nombre de personnes privées d’emploi en décalant l’âge de départ.
La négociation avec le patronat a constitué une occasion manquée. C’est la raison pour laquelle la CGT n’a pas signé l’accord : les mesures retenues ne modifieront pas fondamentalement la situation. Les seniors sont les premières victimes de la réforme des retraites, tandis que leurs droits à l’assurance chômage ont été réduits par les derniers accords. »
Salaires et services publics : « C’est la rentrée du déclassement »
« Le budget sera l’heure de vérité : il permettra de constater si le gouvernement tire les enseignements de l’été que nous avons vécu et de la situation économique dans laquelle dix années de politique de l’offre nous ont placés. Il doit faire le choix des services publics et permettre de préparer l’été prochain.
Faire le choix des services publics signifie augmenter le point d’indice des agents publics. En dix ans, ils ont perdu plus de 15 % de pouvoir d’achat en raison de son gel et 870 000 fonctionnaires sont rémunérés sous le Smic. Cette politique salariale pose aussi un problème d’attractivité des métiers de la fonction publique et de reconnaissance des personnels.
Le budget doit permettre une relance par la consommation, accompagner une augmentation des salaires et des investissements et écarter toute mesure d’austérité visant les travailleurs.
J’adresse au Premier ministre une demande de table ronde d’urgence sur les salaires et les prix, avec cinq mesures immédiates : augmenter les salaires, bloquer les prix de l’énergie et de l’alimentation, réaliser enfin l’égalité salariale entre les femmes et les hommes et prendre des mesures en faveur des pensions. Le premier rendez-vous sera la journée de grèves et de manifestations du 29/09/2026 pour les salaires et les services publics. »
Fortes chaleurs : « Il faut rétablir les CHSCT »
« La France est à des années-lumière de l’Espagne, qui dispose depuis 1995 de règles sur les fortes chaleurs dans son Code du travail. La loi doit être claire : on ne peut pas tout renvoyer à la négociation.
Le droit espagnol fixe des seuils de 25 °C en extérieur et de 27 °C en intérieur, au-delà desquels l’employeur doit fortement adapter ou arrêter le travail. Les alertes orange et rouge imposent également des mesures fortes, notamment l’interruption du travail extérieur l’après-midi. L’inspection du travail dispose de pouvoirs de sanction et des congés intempéries permettent de maintenir les salaires.
L’Espagne dispose également de CHSCT au niveau central et au plus près des lieux de travail. Ils permettent d’adapter les mesures aux différentes activités. En France, la concertation doit conduire à modifier le décret de 2025, qui ne fonctionne manifestement pas, et à rétablir les CHSCT. C’est une réforme qui ne coûte rien et qui permettrait de prévenir les accidents du travail, les maladies professionnelles et la dégradation des conditions de travail. Il faut un choc de prévention. »
Transparence salariale : « Nous voulons négocier sur les 22 % d’écart »
« Le problème central est l’absence de calendrier. Nous n’avons aucune certitude que le texte soit adopté avant l’élection présidentielle, alors que la directive a été adoptée il y a trois ans et que sa transposition en France n’a toujours pas abouti. Le gouvernement a encore cédé devant le patronat.
Le texte présenté en Conseil des ministres est minimal, puisqu’il ne prévoit pas de sanction contre les entreprises qui discriminent. Pour que la loi soit appliquée, les obligations doivent être assorties de sanctions. L’État employeur ne montre d’ailleurs pas l’exemple, puisque la situation est presque pire dans la fonction publique.
La loi impose un salaire égal pour un travail de valeur égale. Cela suppose de comparer des métiers différents et de revaloriser les métiers féminisés en tenant compte des qualifications, des responsabilités et de la pénibilité. Nous voulons agir sur les 22 % d’écart salarial, et non uniquement sur les 4 % constatés toutes choses égales par ailleurs : il faut traiter le temps partiel, la dévalorisation des métiers féminisés, les déroulements de carrière et les primes. »
Emploi des jeunes : « Il faut lutter vigoureusement contre les contrats courts »
« La situation des jeunes est très inquiétante sur les plans social et sanitaire. Ils sont d’abord pénalisés par un sas de précarité de plus en plus long, avec des contrats précaires de plus en plus courts. Il faut lutter vigoureusement contre les contrats courts.
Entre la fin des études et l’entrée sur le marché du travail, les jeunes n’ont pas encore cotisé et ne disposent d’aucun droit. Nous proposons une aide à la recherche du premier emploi afin de couvrir cette période et de les accompagner dans la construction de leur projet professionnel.
Il faut également stabiliser les moyens des missions locales, simplifier les dispositifs d’insertion et mettre en place un dispositif unique, simple et visible, associant cette aide à un accompagnement humain. Le logement constitue enfin un enjeu majeur, car il bloque l’autonomie et la mobilité des jeunes. »
Intelligence artificielle : « Aujourd’hui, c’est la loi de la jungle »
« Il faut une véritable négociation interprofessionnelle pour encadrer l’usage de l’intelligence artificielle et débattre des gains de productivité. Aujourd’hui, cette transformation majeure ne fait pas l’objet d’un débat et c’est la loi de la jungle.
L’IA soulève des enjeux économiques, sociaux et démocratiques majeurs. Nous demandons une réglementation à tous les niveaux, une directive européenne et une convention de l’Organisation internationale du travail. Les algorithmes utilisés notamment pour le recrutement présentent déjà des biais discriminatoires et constituent des boîtes noires auxquelles nous n’avons pas accès. »