Syndicats

« Pour parler du dialogue social, il est essentiel de le vivre » (Jérôme Chemin CFDT/Accenture)

Par Agnès Redon | le | Interview

Après avoir suivi des études d’expertise comptable, Jérôme Chemin a rejoint Accenture en 1998 comme comptable puis contrôleur de gestion. Actuellement délégué syndical central adjoint CFDT, c’est en 2003 que son parcours a commencé dans les instances représentatives du personnel. Intéressé par la fonction RH, il demande une formation, qui débouche en 2012 sur un executive master ressources humaines à Sciences Po.
Le moteur de son engagement ? La négociation dans son entreprise, notamment sur les salaires, l'égalité professionnelle, le handicap ou le télétravail.

« Pour parler du dialogue social, il est essentiel de le vivre » (Jérôme Chemin CFDT/Accenture)
« Pour parler du dialogue social, il est essentiel de le vivre » (Jérôme Chemin CFDT/Accenture)

Comment a débuté votre parcours d’élu et de syndicaliste ?

Pour résumer, mon parcours a été rendu possible grâce aux opportunités de rencontres. En début de carrière, j’avais des activités associatives à l’extérieur de l’entreprise et j’ai pensé que c’était une bonne idée de combiner mon intérêt pour les questions sociales dans le milieu de l’entreprise. Ma responsable, elle-même représentante du personnel, m’a proposé de m’inscrire sur les listes au moment des élections. J’ai commencé mon parcours d’élu par un mandat de délégué du personnel pour monter progressivement au sein du CE, puis au CHSCT. Je me suis fortement intéressé à tous les aspects de la négociation de l’époque, qui portait principalement sur les salaires. J’ai alors été nommé délégué syndical pour finalement devenir délégué syndical central chez Accenture. Après quelques années, j’ai pensé que ce que j’avais appris lors de mon parcours d’élu, je pouvais envisager d’en faire mon métier.

Je tenais à étudier dans un cycle avec des personnes issues des ressources humaines et non dédié aux représentants du personnel

J’étais intéressé par les fonctions RH et j’ai demandé à mon entreprise de me financer une formation en troisième cycle à Sciences Po. Je tenais à étudier dans un cycle avec des personnes issues des ressources humaines et non dédié aux représentants du personnel. J’ai été diplômé en décembre 2012 d’un executive master ressources humaines à Sciences Po après avoir soutenu un mémoire sur les impacts que pourraient avoir un éventuel allongement de la durée du congé paternité sur l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes dans l’entreprise.

Suite à des discussions avec mes collègues de formation, j’ai réalisé que j’étais bien à ma place dans le milieu syndical. Quelques mois après ma formation, un congrès de la CFDT cadres avait lieu. C’est à cette occasion qu’on m’a proposé de prendre un mandat de secrétaire national. J’ai tout de suite accepté et posant comme condition que ce mandat représenterait un mi-temps. Je tenais à rester chez Accenture où l’on peut apprendre beaucoup sur le terrain. Pour parler du dialogue social, il est essentiel de le vivre. 

Quel est le moteur de votre engagement ?

J’ai toujours été très attaché à la fonction de délégué du personnel, à savoir la négociation et la défense des salariés. C’est aussi les informer, les conseiller et échanger car cela nous permet de nous améliorer dans notre fonction de syndicaliste. Actuellement, je travaille beaucoup sur les dossiers liés au télétravail et à l’organisation du travail. Ce qui est passionnant aussi pour moi, c’est de jouer plusieurs rôles dans une seule journée de travail, à la fois chez Accenture et à la CFDT cadres. C’est une grande variété d’activités qui me permet d’apprendre sans cesse. Lorsque je suis arrivé à la CFDT cadres, j’ignorais presque tout de la fonction publique.

avant de m’engager dans ces fonctions syndicales, je me laissais porter dans une carrière ronronnante

De même, récemment, j’ai fait un webinaire sur le sujet de l’endométriose. C’est stimulant de porter des nouveaux sujets sur le terrain syndical et de montrer que les syndicalistes ne sont pas cantonnés aux problématiques de grèves ou de licenciements. Il y a des domaines dans lesquels ça se passe bien, où l’on s’améliore, comme la santé au travail. Je suis chez Accenture depuis 1998 et avant de m’engager dans ces fonctions syndicales, je me laissais un peu porter dans une carrière ronronnante. Mon engagement a permis de casser ce rythme.

Comment sont organisés les CSE chez Accenture ?

Nous avons un CSE unique sur toute la France. Comme dans de nombreuses boîtes de conseil, nous avons des établissements et des sites projet. Le paradoxe de notre organisation, c’est que nous pouvons avoir 150 salariés dans des établissements et 300 sur des sites projet, ce qui explique ce CSE unique.

Quels sont vos souvenirs de négociation les plus marquants dans l’exercice de votre mandat ?

Il y a une quinzaine d’années déjà, je menais des négociations sur le télétravail. Pendant de nombreuses années, ces négociations n’aboutissaient pas. Lorsque finalement la direction s’est ouverte à cette question pour libérer de l’espace sur un étage, cette négociation a constitué un véritable tournant dans mon mandat. 

Sur quels sujets portent les négociations actuelles ?

Chez Accenture, nous avons lancé un vaste programme de négociations sur l’organisation du travail. Elles ont commencé à la fin de l’année 2020, s’achèveront au début de l’année 2021 et reposent sur les 4 thématiques suivantes :

  • Le télétravail, qui peut aller jusqu'à 5 jours par semaine ;
  • La semaine flexible : il s’agirait de donner la possibilité aux salariés de faire sa semaine de travail, sur le même nombre d’heures (donc sans réduction du temps de travail), mais sur 4 jours ou 4 jours et demi. Cette négociation n’est pas encore achevée ;
  • Le don de jour solidaire ;
  • Le congé rémunéré. Il s’agit de donner la possibilité à un nombre limité de salariés de prendre 3 mois de congé sabbatique tout en étant rémunéré à 50 %. C’est limité à une fois dans une carrière mais cela permet de renforcer l’attractivité de l’entreprise. 

A ce jour, tous les accords ont été signés et nous sommes en phase d’observation, en particulier sur le thème de la semaine flexible, qui peut être source de stress pour certains salariés.

Les autres négociations sont les récurrentes, à savoir la rémunération de l’heure d’astreinte, l'égalité professionnelle, le handicap etc. Concernant les négociations salariales, comme dans de nombreuses entreprises, nous avons l’impression que nous ne faisons qu’enregistrer les décisions déjà prises par la direction. Il n’y a donc pas vraiment de négociation à ce niveau.

Quels conseils donneriez-vous aux élus pour mener à bien les négociations ?

les accords et la loi devenant de plus en plus complexes, il ne faut pas hésiter à se faire conseiller par des experts ou à se former en amont.

Nous les représentants du personnel, nous avons grandement besoin d’observer ce qui se fait à l’extérieur, partager nos expériences et de connaître un minimum les articles de loi. J’observe parfois une méconnaissance de l’aspect légal mais lorsqu’on négocie des accords de performance collective, qui peuvent être de vrais pièges pour les salariés, les accords et la loi devenant de plus en plus complexes, il ne faut pas hésiter à se faire conseiller par des experts ou à se former en amont.

Ensuite, en aval, une fois qu’on a pris position sur une négociation, signée ou non, il faut expliquer les conséquences que cela représente aux salariés. Si les salariés n’entendent parler des élus qu’au moment des élections, ce n’est pas intéressant. Il y a un véritable travail de pédagogie à faire. C’est pour cela que chez Accenture, nous avons conçu une trentaine de guides à destination des salariés, sur des sujets très variés, comme le congé parental.

Transférer cet article à un(e) ami(e)