Syndicats

Cyril Chabanier, Président confédéral CFTC : "Le syndicalisme doit être réformiste et constructif"

Par Agnès Redon | Le | Mandats

Président confédéral de la CFTC depuis 2019, Cyril Chabanier trouve dans son engagement syndical une manière « d’aider les autres et de se sentir utile ». Il revient sur son parcours, les valeurs qui l’animent, sa vision du dialogue social sur les sujets actuels, tels que l'égalité femmes/hommes ou la reconnaissance et la requalification des salariés dits de « seconde ligne ».

Cyril Chabanier Président confédéral CFTC - ©  D.R.
Cyril Chabanier Président confédéral CFTC - ©  D.R.

Quel est votre parcours syndical ?

  • A ce jour, je crois parvenir à créer un climat de confiance avec les adhérents et mes interlocuteurs au ministère
    J’ai adhéré en 2002 à la CFTC quelques mois avant les élections du CE de mon entreprise, la CNAF. Je me suis tout de suite inscrit sur une liste syndicale où j’ai été élu délégué du personnel. Six mois plus tard, je devenais délégué syndical pour remplacer une personne qui partait à la retraite. J’ai donc rapidement eu des responsabilités ;
  • En 2006, j’ai intégré pour la première fois le conseil fédéral de la Fédération protection sociale et emploi ;
  • En 2009, j'étais secrétaire général adjoint de la Fédération ;
  • En 2012, j’ai été élu secrétaire général de la Fédération protection sociale et emploi ;
  • En 2016, j’ai été élu président de la Fédération protection sociale et emploi et j’ai intégré le conseil confédéral. J'étais également administrateur de Pôle emploi, de l’UNEDIC et de la CAPSSA (caisse de prévoyance) ;
  • Compte tenu de ma contribution au Grand débat national et de mon travail sur la protection sociale et l’emploi, le président sortant a souhaité que je participe à la préparation de la motion d’orientation pour les 4 années à venir. En devenant « porte-plume », j’ai eu envie de devenir « porte-voix », de porter cette motion et d’apporter un souffle nouveau. C’est ainsi qu’en novembre 2019, j’ai été élu président confédéral de la CFTC à Marseille.

A ce jour, je crois parvenir à créer un climat de confiance avec les adhérents et nos interlocuteurs institutionnels.

Quel est le moteur de votre engagement syndical ?

Déjà, j’ai toujours pensé qu’il était important de s’investir dans la vie sociale. C’est une question de personnalité : j’ose parler, j’aime participer aux débats et donner mon avis.

Avant de devenir représentant du personnel, mes collègues me demandaient souvent d’intervenir. C’est donc tout naturellement que j’ai voulu m’investir dans mon entreprise et m’intéresser à la gestion des œuvres sociales du CE ou encore à la manière dont la direction organisait le travail.

Pourquoi avoir choisi de vous engager à la CFTC ?

J’ai toujours pensé que c’est par le dialogue social et le compromis que nous pouvons parvenir à des consensus intelligents
Contrairement aux autres syndicats, je considérais que le syndicalisme devait être réformiste, constructif, un syndicalisme qui respecte ses interlocuteurs. 

J’ai toujours pensé que c’est par le dialogue social et le compromis que nous pouvons parvenir à des consensus intelligents : c’est la manière de faire de la CFTC.

Ensuite, les valeurs de la CFTC me correspondaient en se référant à la doctrine sociale chrétienne. Enfin, j’avais des proches qui étaient déjà adhérents et qui me parlaient de l’organisation d’une façon très positive. 

Sur vos 20 années dans le syndicalisme, quels ont été les moments les plus marquants ?

Le fait de devenir président de la confédération, d’avoir la confiance des adhérents, du mouvement, est une immense fierté pour moi.

Aussi, comme j’ai très à cœur d’aider les gens, la première fois que j’ai pu apporter une solution dans un conflit, à un salarié victime de discrimination, cela m’a permis de me sentir utile. C’est comme cela que je considère l’action syndicale.

Par ailleurs, l’une de mes plus belles victoires est d’avoir pu contribuer à la mise en place d’un intéressement basé sur le travail qualitatif du personnel de la Sécurité sociale dès 2004.

Ensuite, en 2008, nous avons obtenu un accord sur le télétravail à la CNAF et nous étions parmi les premiers à le proposer à l'époque. Sur l’organisation du travail, nous avions également pu négocier un autre accord sur la semaine de 4 jours avec une journée de congé au choix.

Quels sont vos principes pour mener à bien les négociations ?

Il n’y a ni perdant ni gagnant dans la négociation
La négociation, cela s’apprend.

  • Il faut donc être formé pour bien maîtriser ses dossiers.
  • Ensuite, il faut démarrer une négociation en partant du principe que les deux parties veulent aboutir et être dans le respect, la confiance et l'écoute de l’autre. A la CFTC, on ne fait pas de grève avant le début des discussions.
  • Il me semble important de commencer une négociation par les sujets sur lesquels il y a le plus de points d’accord, pour aller jusqu’aux positions les plus éloignées. Il n’y a ni perdant ni gagnant dans la négociation. C’est par ce cheminement positif qu’il est possible de trouver des compromis.
  • Enfin, on ne revient pas sur ce qui a été négocié.

Quels sont les sujets actuels les plus discutés au niveau de votre confédération ?

Il y a bien entendu les sujets relatifs à la crise sanitaire et ceux en lien avec la Présidence française de l’Union européenne comme le salaire minimum européen.

D’autres sujets nous occupent à l'échelle française comme européenne : 

  • Le salaire minimum européen ;
  • L'égalité entre les femmes et les hommes ;
  • Les nouvelles formes de travail sur les plates-formes (comme Uber ou Deliveroo). Ces travailleurs ne souhaitent pas devenir tous devenir salariés mais tous souhaitent avoir davantage de droits ;
  • Nous essayons de mettre en place un comité permanent paritaire du dialogue social pour prévoir un travail sur le long-cours et établir notre propre agenda social ;
  • La reconnaissance des travailleurs dits de « seconde ligne » pour les requalifier. L’utilité sociale des métiers est un sujet important porté dans les motions d’orientation par la CFTC depuis 2011. Nous n’avons pas attendu la crise sanitaire pour travailler sur ce sujet, ce qui fait de la CFTC un syndicat visionnaire ;
  • Le pouvoir d’achat et le partage de la valeur, non seulement au sujet de l’intéressement mais aussi des dividendes, des écarts de salaires dans l’entreprise etc. Il y a des manières très variées de partager la valeur.

Quelles évolutions observez-vous dans les IRP ?

Nous sommes dans une société de la défiance où l’on ne se rend pas compte des résultats de notre action
Nous avons un meilleur accès à l’information, plus transparente qu’avant. Or, depuis les ordonnances de 2017, le syndicalisme s’est professionnalisé, avec une charge de travail de plus en plus lourde mais avec un crédit d’heures de moins en moins important. La diminution des moyens, due à la transformation des CE en CSE, a été une aberration.

L’autre élément qui a évolué de manière négative, c’est la dégradation de la confiance apportée au syndicalisme : nous sommes dans une société de la défiance où l’on ne se rend pas compte des résultats de notre action.

Face à ces problématiques, quelles  solutions envisagez-vous ?

Il faut moderniser l’approche du syndicalisme
Je pense qu’il faut moderniser l’approche du syndicalisme. 

Je pense qu’il faut moderniser l’approche du syndicalisme. Nous avons développé une application sortie en novembre 2021 très innovante, qui sera accessible aux non-adhérents dans quelques mois.

Cette application consiste à apporter le syndicat à la personne, et non l’inverse, en donnant toutes les informations classiques, comme l’annuaire de nos fédérations, notre aide juridique ou des formations en ligne.

Par ailleurs, lors du mouvement des gilets jaunes, j’ai eu l’idée de créer dans cette application un accès aux communautés de militants, par le biais d’une messagerie. Par exemple, lorsqu’un élu sort d’une réunion, il peut échanger avec son groupe.

Ensuite, une carte interactive vous donne des informations sur les événements et les adhérents qui sont à proximité. Sur un forum, les personnes peuvent échanger sur leurs expériences et avoir accès à des petites annonces pour se rendre mutuellement service.

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