Syndicats

J-F. Lecuyer, CFE-CGC : "Sans le syndicalisme, la colère s’exprime dans la violence"

Par Agnès Redon | Le | Mandats

Secrétaire général à la CFE-CGC Commerce et Services, Jean-François Lecuyer fonde son engagement syndical sur le travail collectif de négociation.
Passionné de sujets relatifs à la protection sociale et au paritarisme, il revient sur son parcours syndical débuté en 2005.

Jean-François Lecuyer, secrétaire général à la CFE-CGC Commerce et Services  - © D.R.
Jean-François Lecuyer, secrétaire général à la CFE-CGC Commerce et Services - © D.R.

Quel est votre parcours ?

Je travaille depuis 1986 chez OGF, un réseau de pompes funèbres.

En 2005, j’ai adhéré à la CFE-CGC ;

En 2006, j’ai eu mon premier mandat au CE ;

En 2008, je suis devenu délégué syndical ;

En 2012, je suis devenu négociateur dans la branche.

Je suis également représentant de la CFE-CGC au Conseil national des opérations funéraires (CNOF) depuis 2012

Dans la fédération Commerce et Services qui comprend 54 branches, je suis secrétaire général depuis 2019

Par ailleurs, je suis conseiller du salarié depuis 2014. Il s’agit d’une mission dans notre département consistant à accompagner nos salariés convoqués à un entretien préalable à sanction et qui n’ont pas d’organisation syndicale dans leur entreprise. J’aide ces salariés à faire respecter leurs droits au cours de cet entretien.

Quel est le moteur de votre engagement ?

Les droits auxquels j’avais eu accès pendant mon arrêt maladie sont dus aux luttes syndicales, comme la protection sociale et les accords d’entreprise

J’ai eu un important problème de santé en 2002. A mon retour d’arrêt maladie d’un an et demi, un collègue m’a incité à m’engager. Pour ce faire, il m’a rappelé que les droits auxquels j’avais eu accès pendant cet arrêt maladie étaient dus aux luttes syndicales, comme la protection sociale et les accords d’entreprise. Ce n’est pas quelque chose qu’on nous donne mais qu’on acquiert par l’union de personnes engagées et leur négociation. Bien sûr, je le savais déjà mais je n’en avais pas pris pleinement conscience. Cela m’a convaincu.

Pourquoi avez-vous choisi la CFE-CGC ?

La CFE-CGC est la plus à même de comprendre les problématiques des encadrants

Les valeurs humanistes sont présentes dans tous les syndicats. Mais j’ai tout de suite compris que c'était la CFE-CGC qui était à même de comprendre les problématiques des encadrants, notamment sur la question de l’amplitude horaire et la disponibilité.

Quels sont les moments marquants de votre parcours ?

La variété des personnes avec qui nous négocions, issues des 54 branches, a constitué un grand changement dans ma manière de discuter

C’est ma première élection au CE en 2006. Même si j’avais été bien formé, nous étions 30 personnes au CE et c'était une véritable découverte.

Mon élection au secrétariat général de la fédération a constitué un autre événement marquant. Il s’agissait de faire avancer les négociateurs avec nos caractéristiques catégorielles (TAM ou cadres). En tant que représentants minoritaires dans nos branches, nous avons l’habitude de nous associer à d’autres pour aboutir à un accord. La variété des personnes avec qui nous négocions, issues des 54 branches, a constitué un grand changement dans ma manière de discuter. Parmi toutes ces branches, nos problématiques sont différentes et c’est ce qui rend les discussions très intéressantes.

Par ailleurs, pendant le premier confinement de mars 2020, le personnel funéraire n'était pas considéré comme exerçant un travail à risque. Cette période de ma vie syndicale et professionnelle a été particulièrement difficile.

Quels sont les sujets que vous portez actuellement dans vos revendications ?

Chaque fois que l’Etat a repris la gestion d’un organisme paritaire, le système est devenu largement déficitaire, ce qui est le cas de la formation avec France Compétences

Ce sont surtout les augmentations de salaire. Lorsque les salaires stagnent, ils commencent à être rattrapés par le montant du Smic. C’est un sujet de discussion important à mener avec les organisations syndicales et patronales.

J’estime qu’il ne suffit pas d’attendre les NAO pour négocier les salaires. Le mieux est de se donner des rendez-vous réguliers, notamment en fonction de l’inflation. C’est un message qu’il faut parvenir à faire passer.

L’autre sujet d’importance, c’est le paritarisme que le gouvernement s’emploie à détruire petit à petit, en reprenant la gestion financière par exemple. Chaque fois que l’Etat a repris la gestion d’un organisme paritaire, le système est devenu largement déficitaire, ce qui est le cas de la formation avec France Compétences. Pour les autres organismes encore en fonctionnement, c’est méthodique. Cela commence par l’absence de cotisations sociales sur le travail (la défiscalisation des heures, la prime Macron …), l’augmentation des charges de l’organisme (à travers le « quoi qu’il en coûte » ) puis le constat des déficits et pour finir, la solution de suppression de l’organisme.

Le paritarisme protège les entreprises, les salariés et leur famille. C’est le seul espace où les organisations syndicales et patronales dialoguent dans un intérêt commun. 

Quels principes appliquez-vous pour mener une négociation ?

La CFE-CGC est la seule organisation syndicale dont les résultats progressent aux élections professionnelles parce que nous travaillons sur le fond plutôt que sur le spectaculaire

Déjà, la négociation et l'échange ne se font pas seulement lors des réunions mais aussi dans des cadres plus informels. La CFE-CGC est la seule organisation syndicale dont les résultats progressent aux élections professionnelles parce que nous travaillons sur le fond plutôt que sur le spectaculaire. En effet, nous mettons l’accent sur la négociation, la discussion et la construction.

Ensuite, la négociation ne consiste pas à obtenir la défaite l’autre partie mais en un rapprochement des points de vue pour parvenir à un accord.

Que diriez-vous à une personne souhaitant s’engager dans le syndicalisme ?

L’adhésion d’un salarié est confidentielle par nature. C’est lui qui décide de le faire savoir. 

Un engagement sert notamment à :

  • Sur le plan individuel, à être informé régulièrement sur ce qui se passe dans l’entreprise et dans le monde du travail ;
  • Être formé dans nos centres de formation qui prennent intégralement en charge nos adhérents ;
  • Négocier des meilleures conditions de travail pour le collectif.

L’adhésion construit sa protection individuelle, et le cumul des adhérents construit l’environnement dans lequel il va travailler.

Comment percevez-vous l'évolution du syndicalisme depuis que vous militez ?

Emmanuel Macron arrive et repart des concertations sans prendre en compte les idées et les réflexions des partenaires sociaux. La concertation pour la forme n’est pas de la négociation

Avec les ordonnances Macron, c’est le grand bazar : près de 83 % des entreprises vont procéder aux élections professionnelles en 2023 et la réduction du nombre d'élus est un problème.

Cependant, Emmanuel Macron qui prétend écouter nos revendications reste sur la même ligne. Les concertations dont il parle sans cesse et qui sont organisées, comme sur la réforme des retraites, n’aboutissent à rien parce que c’est sa volonté obtuse qui prime. Il arrive et repart de ces concertations sans prendre en compte les idées et les réflexions des partenaires sociaux. La concertation pour la forme, ce n’est pas de la négociation. Le système des retraites nous a protégés en 2020 lorsque le PIB a baissé de 8 % puisque aucune retraite n’a baissé, contrairement aux autres pays dans le monde. 

Les organisations syndicales ont huit fois plus d’adhérents que les partis politiques et 70 % des salariés qui sont amenés à voter participent aux élections professionnelles. Pourtant, nous avons encore des politiques ou des commentateurs qui déclarent que nous ne représentons rien.

Le syndicalisme est le corps intermédiaire qui permet d’exprimer et de négocier les changements. Sans nous, la colère et la contradiction s’expriment dans la violence et la destruction.

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