Dialogue social en 2025 : « Sous tension dans un contexte économique dégradé » (baromètre Syndex)
« Seuls 65 % des représentants du personnel jugent la situation économique de leur entreprise bonne, au plus bas niveau depuis 2018. Ils restent déterminés (65 %) mais jugent leurs directions comme étant plus tendues (58 %) », déclare Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop, lors de la présentation du 8e baromètre Syndex-Ifop sur l’état du dialogue social en 2025.
« Des RP qui restent déterminés et motivés »
Si 65 % des RP estiment bonne la situation économique de leur entreprise, il s’agit du plus faible score enregistré depuis 2018 (le plus haut était 78 % en 2021). Incertitudes politiques et économiques, croissance modérée, pouvoir d’achat, les entreprises semblent générer des tensions qui se reflètent dans l’état d’esprit des RP comme des directions.
Dans ce contexte, les RP sont de moins en moins optimistes et de plus en plus inquiets, à des niveaux qui n’avaient pas été observés depuis 2019. En parallèle, le sentiment de colère progresse et l’attentisme recule nettement. Détermination (65 %) et motivation (57 %) demeurent toutefois à des niveaux élevés, face à des directions dont l’état d’esprit, selon les RP, semble aussi se dégrader :
- 58 % d’entre eux déclarent leur direction comme étant tendue (contre 52 % en 2024) ;
- 52 % fermée (contre 48 % en 2024) ;
- 33 % à l’écoute (contre 37 % en 2024).
« L’appréciation de la qualité du dialogue social différente selon les acteurs »
Les RP continuent d’année en année à se montrer toujours plus critiques vis-à-vis du dialogue social. La note qu’ils attribuent cette année à ce dernier est de 5,1 sur 10. Les salariés sont aussi plus réservés quant à la qualité du dialogue social, l’évaluant à 5,9 sur 10.
- Les dirigeants, traditionnellement plus positifs, lui attribuent une note moyenne de 7,7 sur 10. Du côté des RP, les indicateurs de la qualité du dialogue social poursuivent leur érosion. En particulier, ils déplorent l’absence de prise en compte de leurs revendications et avis, critère qu’ils placent pour la première fois en tête des ingrédients contribuant le plus au dialogue social et dont ils évaluent la qualité à moins de 5/10 pour la première fois aussi.
Les RP identifient toujours la proximité et l’information parmi les trois éléments contribuant le plus à la qualité du dialogue social. Les directions quant à elles continuent de privilégier une approche formelle, citant le respect de la législation, la confiance entre les participants et la qualité de l’information comme socles d’un dialogue social de qualité.
- Interrogés sur leur manière de concevoir le dialogue social, représentants des salariés (91 %) et salariés (80 %) en appellent à un meilleur partage du pouvoir en entreprise entre l’employeur/actionnaire, le CSE, les représentants du personnel et les salariés. Ils souhaitent aussi que les salariés soient davantage consultés sur leur travail et la manière de l’exercer.
« L’utilité du CSE reconnue par les salariés et les directions »
67 % des salariés ont une bonne image du CSE, mais l’instance déclare manquer de temps, de moyens et de considération de la direction. Plus des trois quarts des salariés et une part encore plus importante des dirigeants d’entreprise continuent de s’accorder sur l’utilité du CSE, principalement pour défendre les salariés, remonter à l’employeur les réalités vécues sur le terrain et travailler sur la sécurité et les conditions de travail.
- Pourtant, et si 90 % d’entre eux estiment leur engagement comme une source de nouvelles compétences, les RP soulignent également une faible reconnaissance formelle par l’entreprise de leurs acquis (entretiens de parcours, VAE…). Un RP sur deux s’engage pour défendre les droits des salariés, 36 % afin d’agir pour plus d’équité sociale et 32 % pour améliorer les conditions de travail.
Les directions voient dans le CSE une instance de médiation entre les revendications des salariés et les décisions de l’entreprise, et les salariés un espace où des comptes leur sont rendus sur les décisions prises par la direction.
- 59 % des salariés déclarent se sentir bien représentés par leur CSE et 67 % avoir une bonne image de l’instance. Toutefois, les RP continuent de relever dans des proportions accrues comme principaux inconvénients du CSE l’affaiblissement de leur poids (46 % contre 40 % en 2024), l’accroissement de l’investissement (38 % contre 34 % en 2024) ainsi que des ordres du jour de réunion trop chargés où tous les sujets ne sont pas traités au fond (34 %).
« La santé, les risques psychosociaux, les conditions de travail et la sécurité : des sujets prioritaires »
Avec 94 % des RP les citant comme prioritaires, la santé et les risques psychosociaux arrivent en tête des sujets à traiter par le CSE. Suivent :
- les conditions de travail (93 %) ;
- la sécurité au travail (85 %) ;
- le pouvoir d’achat (80 %).
Les dirigeants positionnent en tête la sécurité au travail (75 %), puis les conditions de travail et la santé. Le pouvoir d’achat n’est cité que par 48 % d’entre eux.
- Pour les salariés, le trio de tête diffère légèrement : après les conditions de travail (76 %) et la sécurité (73 %), le pouvoir d’achat, les rémunérations et le partage de la valeur (70 %) occupent la 3e place des sujets à traiter en priorité par le CSE selon eux.
RP comme salariés se montrent critiques sur le manque de conscientisation par l’entreprise de la pénibilité au travail. Parmi les actions prioritaires à mettre en place au sein de leur entreprise sont citées :
- la formation des managers ;
- la mise en place de groupes de travail ponctuels de salariés pour trouver des solutions face aux difficultés ;
- le recrutement pour mieux répartir la charge de travail.
Quatre RP sur dix pensent que les risques d’accident du travail des salariés de leur entreprise sont élevés et, si les RP estiment que des mesures sont prises pour protéger les salariés, la prise en compte de l’avis du CSE dans le Duerp ou le Papripact pour prévenir les risques ainsi que l’accompagnement des salariés accidentés à leur retour sont loin d’être systématiques.
« Des augmentations générales des salaires souhaitées »
Les attentes en matière d’augmentations générales de salaires restent fortes mais plus modestes après des années de forte inflation. Bien que plus modestes que les années précédentes, mais en phase avec l’inflation, les attentes et anticipations des élus et des salariés en matière d’augmentations générales des salaires demeurent supérieures à ce que les directions prévoient (1,5 %).
- Les RP souhaitent des augmentations générales de 6 % en moyenne, les salariés de 10,2 %, mais anticipent des augmentations de 2 % pour les RP et de 3 % pour les salariés. Interrogés sur les dispositifs à mettre en place pour améliorer le partage de la valeur, RP comme salariés continuent de s’accorder sur la nécessité de prioriser des augmentations salariales plus importantes. Un salarié sur cinq maintient la volonté de voir se développer les primes d’intéressement.
« L’importance des enjeux environnementaux en recul, tandis que le développement de l’IA gagne en importance »
Près de 70 % des CSE déclarent ne pas s’être emparés de leur nouvelle prérogative environnementale. Les freins perçus à investir cette nouvelle thématique restent les mêmes : d’autres priorités et un manque d’information et d’expertise. Ils sont également près de trois RP sur dix à considérer que leur direction ne s’est pas encore saisie véritablement du sujet.
Celui-ci reste prioritaire pour :
- 28 % des RP (contre 32 % en 2024) ;
- 27 % des salariés (contre 31 % en 2024) ;
- 30 % des directions (contre 23 % en 2024).
Si 17 % des RP ont déjà été formés à cette prérogative, ils sont 67 % à juger une formation intéressante.
Quatre salariés et dirigeants sur dix déclarent des projets ou outils de travail IA, confirmant l’entrée progressive de l’IA dans l’entreprise. Parmi les RP et les dirigeants constatant la mise en place effective ou prévue d’outils d’IA, les deux tiers affirment que cela n’a pas fait l’objet d’une consultation préalable du CSE. La part des élus considérant l’IA comme prioritaire pour le CSE gagne huit points en un an.