Syndicats

« Faire valoir la voix des salariés exige une grande proximité de terrain » Corinne Lapôtre/Thales

Par Agnès Redon | le | Mandats

Syndicaliste chez Thales depuis 1994, d’abord à la CFDT puis à l’Unsa, Corinne Lapôtre revient sur son parcours, sur ses valeurs de proximité et de défense des salariés et sur l'évolution qu’elle observe des instances représentatives du personnel.

Corinne Lapôtre, syndicaliste Unsa Thales - © D.R.
Corinne Lapôtre, syndicaliste Unsa Thales - © D.R.

Quel est votre parcours ?

  • J’ai commencé ma carrière professionnelle chez Thales en 1990. Depuis, mon parcours est très polyvalent : j’ai commencé ma carrière par un poste d’interface entre la production et le bureau d'études, puis du marketing et j’ai rejoint le service des achats dans lequel je suis actuellement en 2022, à la performance fournisseurs ;
  • En 1994, j'étais déléguée syndicale CFDT au CSE ;
  • Au sein de Thales, je suis élue au CSE et au CSE Central Unsa depuis 2016 ;
  • Depuis 2007, je suis également conseillère prud’homale sur la section encadrement à Nanterre.

Comment est née votre fibre syndicale ?

Nous avons tous besoin d’une structure pour nous épauler et de la solidarité

Les valeurs qui me sont toujours essentielles sont :

  • L’autonomie ;
  • La proximité avec les salariés et le terrain, surtout dans un grand groupe.

Nous avons tous besoin d’une structure pour nous épauler et de la solidarité.

En 1994, l’année de mon engagement, il y a eu la fermeture du site de Sartrouville sur lequel je travaillais et c’est ce qui m’a donné la fibre syndicale. J’ai ressenti une injustice et le besoin économique de faire valoir la voix des salariés, ce qui exige une grande proximité. Je voulais vraiment avoir la possibilité d’agir au sein de l’entreprise et relayer les informations dont les salariés ont besoin. En effet, les salariés ne réalisent pas tout à fait de la grande quantité d’informations sociales et économiques que nous traitons dans les organisations syndicales.

Quel objectif vouliez-vous atteindre en vous engageant ?

Lorsque j’ai rejoint l’Unsa, je voulais faire respecter les accords d’entreprise. En effet, nous avons négocié des accords d’entreprise mais il faut une grande proximité avec le terrain pour voir s’ils sont bien appliqués. Or ce n’est pas toujours le cas.

Quels sont les moments les plus marquants de votre parcours ?

Avec les ordonnances Macron, nous observons une hyper centralisation des instances mais aussi un éloignement des salariés et du terrain

Depuis 2016, avec les ordonnances Macron, nous observons une hyper centralisation des instances mais aussi un éloignement des salariés et du terrain. Cela veut dire que le groupe négocie tout au niveau central. Alors que ces ordonnances avaient pour objectif un rapprochement des CSE avec le terrain, c’est l’inverse qui s’est produit chez Thalès.

Cet éloignement s’est traduit dans les NAO de 2021 : sous le prétexte de la crise sanitaire, la direction a pratiqué une politique salariale discriminatoire. Elle avait pour mot d’ordre de n’augmenter que les salariés âgés de moins de 33 ans. Cette politique a été très mal perçue car 60 % des salariés n’ont reçu aucune augmentation et la prime variable a été réduite. Au total, cela signifie que 90 % des salariés ont vu leur rémunération baisser. Compte tenu de cette réduction des salaires et de l’inflation, à l’Unsa, nous réclamons 4 % d’augmentation. Ce sujet fait l’unanimité des 7 organisations syndicales du groupe. Mais à notre niveau, il est encore très difficile pour les organisations syndicales de faire remonter ce problème au niveau du groupe.

Depuis le début de votre parcours, quelles évolutions des IRP observez-vous ?

Les salariés ont perdu leur motivation car la charge de travail et la pression ne font que croître chaque année qui passe

La plus grande évolution est celle des ordonnances. Nous avons mis le CSE en place en novembre 2019 chez Thalès. Ces ordonnances impliquent de multiplier et regrouper les compétences des élus du CSE. Le CHSCT était une instance à part sur les sujets relatifs aux risques psycho-sociaux, qui se sont multipliés pendant la pandémie.

La charge de travail étant beaucoup plus lourde, les élus ont plus de difficultés à exercer leur mandat. Nous avons des représentants de proximité et malgré cela, la compétence du CSE est beaucoup trop large, sans compter les prérogatives qui s’ajoutent comme celles sur l’environnement. Chacun a ses propres compétences, il n’est pas possible d'être experts dans tous les domaines d’action du CSE. Compte tenu du temps consacré à un mandat, les vocations, le nombre de personnes prêtes à s’engager diminuent.

Malgré les problèmes qui mettent en colère les salariés, comme sur les salaires, l’Unsa s’inquiète de leur grande démobilisation. Les salariés ont perdu leur motivation car la charge de travail et la pression ne font que croître chaque année qui passe.

Quels sont vos principes pour mener à bien vos négociations ?

Il y a plusieurs principes avec lesquels on peut bien négocier :

  • Être à l'écoute ;
  • Ne pas rester bloqué sur ses propres solutions, ne pas être péremptoire et trouver un compromis ;
  • Bien analyser la situation de départ et maîtriser son sujet pour l’améliorer.

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