Syndicats

"Avec les Ordonnances, on ne nous laisse plus que la possibilité du rapport de force" N.Hardoub, CGT

Par Agnès Redon | Le | Mandats

Syndicaliste CGT chez BNP Personal Finance depuis 2011, Nassim Hardoub a le goût pour l’action syndicale pour ses valeurs de solidarité et d’accompagnement. Il évoque son parcours syndical et fait part de ses réflexions sur le sens de son engagement.

Nassim Hardoub, CGT - © D.R.
Nassim Hardoub, CGT - © D.R.

Quel est votre parcours ?

S’investir dans la représentation du personnel exige en effet un grand investissement en temps et en travail

En 2011, j’ai été embauché chez BNP Paribas Personal Finance en tant qu’attaché commercial au service après-vente. J’ai été sollicité par plusieurs syndicats mais j’ai choisi la CGT grâce à un proche et surtout par rapport à ma vision personnelle du monde du travail, la façon d’aborder les sujets sociaux et sociétaux.

En 2015, j’ai commencé un mandat au CHSCT et j’ai débuté des formations syndicales : j’en suivais certaines et en dispensais d’autres. C’est à partir de ce moment que je me suis senti tout à fait à ma place dans cet engagement à la CGT.

En 2019, j’ai été élu au CSE et au CSEC. La même année, j’ai également été élu conseiller aux salariés dans les Bouches-du-Rhône, donc en dehors de l’entreprise. L’exercice de mes mandats ne me laisse plus beaucoup de temps sur mon poste de travail, car je suis souvent entre Paris et Marseille. S’investir dans la représentation du personnel exige en effet un grand investissement en temps et en travail. 

Comment est née votre fibre syndicale ?

Je n’hésite pas à m’exprimer et je prends beaucoup de plaisir à aider mon prochain, dans le milieu de l’entreprise comme à l’extérieur

Avant mes engagements syndicaux, je me suis beaucoup investi dans le bénévolat et j’ai fait plusieurs missions humanitaires. Je pense que les deux sont étroitement liés et pour faire du social dans une entreprise, le syndicat est un bon moyen.

Par ailleurs, lorsque je suis confronté à une problématique quelconque, je n’hésite pas à m’exprimer et je prends beaucoup de plaisir à aider mon prochain, dans le milieu de l’entreprise comme à l’extérieur.

Enfin, je pense disposer d’une grande force de travail. Ce sont les raisons pour lesquelles je me sens en adéquation avec l’engagement syndical.

Pourquoi avoir choisi la CGT ?

Il me semble toujours nécessaire d'élargir les revendications au plus grand collectif car au fond, la préoccupation principale des salariés est de pouvoir vivre dignement de son travail

C’est un hasard : une de mes collègues, militante à la CGT, demandait mon aide car elle trouvait que j’exprimais bien les revendications.

Ma génération a grandi avec la carte vitale, les congés payés, la semaine de 35 heures etc. Il faut se rappeler que rien n’a été donné par le patronat, tous les droits des travailleurs ont généralement été conquis par les luttes de classes. Le patronat est très bien organisé tandis que la force des travailleurs se trouve dans le nombre. C’est pour cette raison que je milite avec mon syndicat au niveau local dans l’interprofessionnel, car le camp d’en face n’a qu’un seul objectif, obsessionnel, qui consiste à s’attaquer au monde du travail.

Tous les syndicats de salariés sont censés défendre les salariés et seule la méthode diffère. La CGT me correspond dans sa manière de s’attaquer aux problèmes du monde du travail, elle ne négocie jamais la régression sociale comme le font certaines organisations syndicales.

Il me semble toujours nécessaire d'élargir les revendications au plus grand collectif car au fond, la préoccupation principale des salariés est de pouvoir vivre dignement de son travail. Or si aucune contrainte légale ne pèse sur les entreprises et le gouvernement, les salaires n'évoluent pas. Ce n’est pas à l'échelle individuelle qu’il faut agir et la CGT l’a bien compris.

La CGT est l’une des seules organisations à avoir affiché son opposition aux lois Travail El Khomri et aux Ordonnances Macron. Le résultat catastrophique d’aujourd’hui montre que nous avions raison.

Quels sont les moments marquants de votre parcours ?

Lorsqu’un salarié est convoqué à un entretien préalable au licenciement et que je parviens à le défendre pour qu’il garde son poste dans l’entreprise, je considère que c’est une victoire. Cela est arrivé deux fois dans mon parcours.

Au mois de juin 2022, une grève historique dans mon entreprise a été massivement suivie, ce que je considère comme un autre succès inoubliable.

Quels sont les sujets que vous portez actuellement dans vos revendications ?

Vivre dignement, cela ne peut pas attendre. C’est ici et maintenant

Le 16 juin 2022, une intersyndicale (CFDT, CFTC, UNSA, FO et CGT) s’est formée pour appeler à la grève de l’ensemble des travailleurs cadres et techniciens BNP Paribas Personal Finance. Il s’agissait de dénoncer au niveau national :

  • Une dégradation de la qualité de vie et des conditions de travail principalement liées à une pression accrue sur la productivité et à de l’hyper contrôle managérial ;
  • Des réorganisations qui s’enchaînent pour servir un plan stratégique à horizon 2025 et la suppression de 1200 emplois chez BNP Paribas Personal Finance France ;
  • Une politique salariale low-cost dans une entreprise qui clame haut et fort son résultat de plus d’un milliard d’euros en sortie de pandémie et qui ambitionne de le doubler celui-ci d’ici trois ans, via la suppression de postes ;
  • La fermeture du GIE Neuilly Contentieux situé à Marseille et à Mérignac.

D’où l’importance de la mobilisation partout en France, dans un secteur où la contestation est rare. Nous ne pouvons pas accepter que nos emplois, nos vies ne soient la variable d’ajustement d’une entreprise qui affiche des profits records.

Concernant la fermeture du GIE Neuilly Contentieux situé à Marseille et à Mérignac la direction générale a pris la décision à la fin du mois de juin 2022, soit quelque temps après la grève, de reporter le projet en 2023.

En réponse à nos revendications sur le pouvoir d’achat, la direction générale souhaite mettre en place des groupes de travail en vue de préparer les prochaines Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) en octobre 2022. Nous nous interrogeons sur leurs intentions et s’ils cherchent à gagner du temps, ou, pour citer Clémenceau : « Quand on veut enterrer un problème, il suffit de créer une commission ».

Actuellement, ce dont ont besoin les travailleurs cadres et techniciens de la banque de chez BNP Paribas Personal Finance, c’est de survivre dans un environnement inflationniste, avec un effet immédiat sur leur niveau de vie. Or vivre dignement, cela ne peut pas attendre. C’est ici et maintenant.

Quels principes appliquez-vous pour mener une négociation ?

Chez BNP Paribas Personal Finance, La CGT n’est pas représentative dans l’entreprise. J’estime néanmoins que ce n’est pas une raison pour ne pas s’exprimer sur les sujets d’actualité qui impactent le personnel.

Ainsi, quasiment à chaque début de réunion de CSE et CSEC, je fais une déclaration. C’est ma manière de négocier en tant que seul élu CGT : assoir ma position militante.

Comment percevez-vous l'évolution du syndicalisme depuis que vous militez ?

Le dialogue social est un leurre. La direction ne négocie que lorsqu’elle y est contrainte et ce climat n’incite pas les personnes à s’engager

Je ne parlerais pas d'évolution mais de régression, notamment en raison des lois El Khomri et des Ordonnances Macron. Avant à Marseille, nous avions sept élus CGT présents au CHSCT, en DP et en CE. A ce jour, je suis le seul élu CGT au niveau national. L’investissement et la charge de travail qu’exige le syndicalisme sont aussi bien plus conséquents, les moyens sont réduits et cela n’a fait qu’accentuer le mépris de l’employeur. Aujourd’hui nous constatons que le dialogue social est un leurre. La direction de BNP Paribas Personal Finance, comme la plupart des directions, ne négocie que lorsqu’elle y est contrainte. Ce climat n’incite pas les personnes à s’engager.

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