Syndicats

François Hommeril, CFE-CGC « l’expérience syndicale change profondément le regard sur le travail »

Par Agnès Redon | le | Mandats

Président confédéral de la CFE-CGC, François Hommeril développe une approche globale du dialogue social basé sur un rapport de confiance qu’il souhaite restaurer.
A travers son parcours syndical, il livre ses réflexions sur la protection sociale, le paritarisme et la démocratie sociale.

François Hommeril, Président confédéral de la CFE-CGC - © Xavier Renauld
François Hommeril, Président confédéral de la CFE-CGC - © Xavier Renauld

Quel est votre parcours ?

Je suis ingénieur de formation et j’ai fait mes études à Nancy et j’ai obtenu mon diplôme en 1986. Ensuite, j’ai fait de la recherche au CNRS et j’ai passé un doctorat de 1986 à 1989.

En 1989, j’ai intégré le centre de recherche au groupe Pechiney à Gardanne dans les Bouches-du-Rhône.

En 1990, j’ai adhéré à la CFE-CGC, j’ai été élu au comité d’entreprise puis au CCE d’Aluminium Pechiney. Ce premier mandat m’a fait découvrir l’apprentissage de la dimension sociale. J’ai été repéré par mes collègues puis j’ai été sollicité pour mener les NAO. Comme j’avais accès aux comptes rendus de groupe, cela me permettait d’avoir une vision plus claire et précise de la stratégie engagée que celle de mes collègues, qui ne connaissaient que le discours de la direction locale.

En 1994, j’ai été désigné délégué syndical du site de Gardanne.

En 1998, j’ai été muté en Savoie et j’ai été délégué syndical au CCE.

De 1999 à 2012, j’ai été représentant syndical au comité de groupe Pechiney.

En 2000, j’ai rejoint l’union départementale de la Savoie et j’en ai été le président de 2003 à 2010.

En 2002, j’ai été élu conseiller prud’homal et j’ai fait 14 ans de mandat.

En 2006, j’ai été délégué national confédéral au pôle Europe et International.

En 2010, je suis élu secrétaire national en charge de la formation professionnelle de l’Europe et de l’international.

En 2016, je suis élu président de la confédération au congrès de Lyon, puis réélu pour un deuxième mandat de trois ans en 2019.

Comment est né votre engagement syndical ?

Une approche sociale intelligente permet une performance économique remarquable

C'était un hasard. Au début de ma carrière à Pechiney, traditionnellement, le dernier embauché se présentait aux élections du CE et c’est ce que j’ai fait.

Là, ma vocation est née : j’appréciais beaucoup la confrontation, le débat, ce théâtre où les caractères humains s’expriment et s’affrontent parfois. Le travail syndical de qualité se mesure à la capacité d’ouvrir les salariés aux sujets qui les concernent et à les mobiliser. Cela ouvre des perspectives sur la relation sociale à l’intérieur même du collectif de travail. C’est ce que j’aime le plus.

Souvent, on oppose les intérêts sociaux aux intérêts économiques. C’est le contraire : une approche sociale intelligente permet une performance économique remarquable.

Quels sont les moments les plus marquants de votre parcours ?

En 1999, lorsque j'étais représentant syndical au comité de groupe, c’est le moment où j’ai fait l’apprentissage de toutes les techniques de l’approche syndicale. Le directeur a tout fait pour me nuire car il souhaitait mon départ. Cela a abouti par ma mise à pied pendant trois jours, durant lesquels 35 agents de maîtrise se sont mis en grève pour s’y opposer.

Ce fut une année particulièrement difficile pour moi mais également riche en enseignements. Ce sont des expériences qu’on n’oublie pas.

Avez-vous une méthode pour mener vos négociations ?

En 1992, lors d’un regroupement syndical, le PDG de Pechiney, Jean Gandois était invité. Plus tard, en 1994, il est devenu président du Conseil national du patronat français (devenu le Medef en 1998). Il nous avait donné quelques conseils forts pour mener une négociation et notamment :

« Il ne faut jamais aller à une négociation si on n’est pas prêt à la perdre ».

Ainsi, il faut fournir un effort pour conceptualiser l’enjeu de la négociation. Cela se prépare et ne s’improvise pas.

Il faut :

  • Connaître ses limites et les lignes rouges ;
  • Exposer de manière claire les difficultés auxquelles nous sommes confrontés ;
  • Formuler des propositions.

Que conseilleriez-vous à une personne sur le point de s’engager ?

L’aventure syndicale, c’est avancer sur un chemin dont on ignore l’issue

Je l’encouragerais, tout en lui disant la chose suivante : l’aventure syndicale, c’est avancer sur un chemin dont on ignore l’issue. Quelle qu’en soit la durée ou la qualité, l’expérience syndicale change absolument le regard de quiconque sur son environnement de travail, sur ses relations professionnelles, la productivité, le rapport à la hiérarchie etc.

Quelle est l’actualité de vos revendications ?

Un travail d’objectivation du partage de la valeur ajoutée au sein de l’entreprise est nécessaire pour atteindre une répartition juste et équitable

Restaurer la confiance : c’est la vision que défend la CFE-CGC pour le modèle social français. Cette vision s’appuie sur des débats thématiques consacrés aux grandes mutations de l’entreprise, du travail et de la société, à travers ces chapitres à prendre dans l’ordre. En effet, chaque chapitre découle directement du précédent :

  • Le partage de la valeur. Un travail d’objectivation du partage de la valeur ajoutée au sein de l’entreprise est nécessaire pour atteindre une répartition juste et équitable. Avec la frustration et la souffrance liée au sentiment d’injustice, nous courons à la catastrophe. Par exemple, la CFE-CGC souhaite que les salariés soient davantage représentés dans les conseils d’entreprise, à hauteur d’un tiers des effectifs ;
  • La question environnementale. Il est impossible de penser le monde de demain sans intégrer les sujets comme la gestion des ressources et l’impact environnemental des activités ;
  • La protection sociale. Il s’agit de se demander comment, à partir de besoins bien identifiés, nous pouvons générer des moyens. 
  • Le paritarisme. Nous devons travailler à un rééquilibrage de la représentativité des partenaires sociaux. Les politiques doivent accepter de déléguer une partie de leur pouvoir de décision aux partenaires sociaux, notamment sur la politique sociale de l’Europe.
  • L’ambition sociale de l’Europe. Nous devons approfondir l’Europe sociale sur la question des salaires, sur la question de l’égalité, de la protection sociale.

Comment percevez-vous l'évolution des IRP, depuis le début de votre parcours syndical ?

Avec le passage au CSE, les questions les plus importantes comme celles du CHSCT ont été mises au même niveau que les autres. Personne ne peut défendre ce système

Les IRP ont subi de profondes transformations. Lorsque j'étais délégué syndical, il y a 30 ans, les prérogatives du CHSCT étaient considérées comme essentielles, même pour la direction.

Les gouvernements ne cessent de parler de l’importance du dialogue social. Or, c’est de l’enfumage. Ces 30 dernières années, tout a été fait pour nuire à l’action syndicale. Tous gouvernements confondus, cette politique de démolition est tout à fait concertée, volontaire et consciente. Les représentants syndicaux ont vu leurs moyens supprimés et coupés, comme leurs heures de délégation, les moyens de l’expertise etc. Le détricotage du Code du Travail, l’exercice du mandat syndical toujours plus difficile et les discriminations sont toujours à l'œuvre.

Les ordonnances de 2017 ont été les plus destructrices dans le dialogue social. Avec le passage au CSE, les questions les plus importantes comme celles du CHSCT ont été mises au même niveau que les autres. Personne ne peut défendre ce système, même le dernier rapport de France Stratégie. Les organisations syndicales sont unanimes dans la critique de cette casse sociale.

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